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Et des lettres.... tout court??

 
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Titeplume
Plume de Griffon


Joined: 29 Oct 2007
Posts: 2,169

PostPosted: 11/02/2008 12:43:54    Post subject: Et des lettres.... tout court?? Reply with quote

Ben oui, je pensais : ( si si ça m'arrive!!) Ne pourrait-on pas faire un topic (c'est bien le mot que vous emplyez?) où ne seraient postées que des lettres justement ? Je trouve pour ma part que ce ne sont pas des textes comme les autres, car ils véhiculent bien souvent, quel que soit l'expéditeur ou le destinataire, des sentiments et des émotions qu'on ne retrouvent pas forcément dans un texte " normal", une poésie etc.
Lettre à un ami, à un amour, à un huissiez, à l'anpe, que sais-je encore, lettre réelle ou fictive, plausible ou pas....
Qu'en pensez-vous?? :?

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Créer, c'est être soi même, tout simplement !
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Maneki Neko
Plume de Phoenix


Joined: 21 Nov 2007
Posts: 1,029

PostPosted: 11/02/2008 12:48:42    Post subject: Et des lettres.... tout court?? Reply with quote

Je voi pas bien le rapport avec les "jeux divers" mais à part ça... Laughing
Je ne me suis jamais adonné à l'écriture de lettre fictive, donc je ne saurait pas trop quoi dire...
J'ai bien écrit des lettres réelles, mais elles sont chez leurs destinataires, et il est totalement exclu que je les postes ici. Mr. Green
Toutefois j'aimerai bien lire une ou deux lettres pour voir ce que ça donne... Smile
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Qui donc a dit que le dessin est l'écriture de la forme ? La vérité est que l'art doit être l'écriture de la vie.
[Edouard Manet]
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Pimo
Plume de Benu


Joined: 06 Jun 2007
Posts: 181

PostPosted: 11/02/2008 12:59:13    Post subject: Et des lettres.... tout court?? Reply with quote

Maneki Neko wrote:
Toutefois j'aimerai bien lire une ou deux lettres pour voir ce que ça donne... Smile


En ce moment je suis dans mes lettres de motivation pour l'année prochaine (en fait une lettre dans laquelle je change le nom de l'établissement et puis basta) ça te dis ? Le problème c'est que dans le genre "sentiment", on fait mieux Mr. Green !
_________________
...
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Titeplume
Plume de Griffon


Joined: 29 Oct 2007
Posts: 2,169

PostPosted: 11/02/2008 13:03:55    Post subject: Et des lettres.... tout court?? Reply with quote

Laughing pourquoi pas Pimo ? Ce n'est pas vraiment un jeu mais je ne savais pas trop où proposer l'idée !! C'est un des jeux qiu m'a fait penser à ça, pour les lettres au Père Noël ou à des personnages imaginaires. Et moi, je m'amuse souvent à écrire des lettres comme ça, au hasard, j'ai pensé que cela pouvait être constructif Embarassed
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Maneki Neko
Plume de Phoenix


Joined: 21 Nov 2007
Posts: 1,029

PostPosted: 11/02/2008 13:05:05    Post subject: Et des lettres.... tout court?? Reply with quote

Berk je suis retombé sur la lettre de motivation que j'avais écrite pour trouver mon job, y'a 2 ans et demi, c'est vraiment atroce. Laughing
Qu'est-ce qu'on peu être hypocrite quand on écrit ce genre de chose... Rolling Eyes
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Khéops
Plume de Phoenix


Joined: 06 Jun 2007
Posts: 1,476

PostPosted: 11/02/2008 15:35:19    Post subject: Et des lettres.... tout court?? Reply with quote

Je ne pense pas que ce soit de l'hypocrisie, on essaie tout simplement de dégager tous les points positifs pour pouvoir décrocher le job, c'est tout ! En plus, selon comment la lettre est tournée, on obtient ou pas un entretien, donc c'est important. Smile

Ceci dit, je trouve que c'est une bonne idée de faire un jeu qui consisterait à écrire des lettres. On pourrait choisir à l'avance le destinataire, le nombre de caractères ...
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Off-usquée
Plume de Quetzal


Joined: 03 Jul 2008
Posts: 23

PostPosted: 09/07/2008 13:46:15    Post subject: Et des lettres.... tout court?? Reply with quote

Owiii, les jeux épistolaires j'adore !


On pourrait même faire toute une correspondances, lettres & réponses, un membre après l'autre ? Des lettres d'amour passionnées Embarassed ? Ce sera drôle de voir tous les styles de plumes se mêler !

Et puis une fois qu'on a plus d'inspiration, on passe à un autre registre. Lettres de vacances, lettres parents-enfants, lettres de demande d'emploi, toussah... ? Confused
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Plume du Sud
Plume de Calao


Joined: 27 Oct 2008
Posts: 72

PostPosted: 30/10/2008 22:42:08    Post subject: Et des lettres.... tout court?? Reply with quote

Moi qui ai écrit tout un recueil de lettres fictives, j'aurais eu de l'eau à apporter au moulin... Mes lettres ont un principe d'unité: aucune d'elle ne peut recevoir de réponse, et d'ailleurs elles n'en attendent pas. Dommage que ce post n'ait pas duré...
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Arleen
Plume de Kookaburra


Joined: 27 Feb 2008
Posts: 529

PostPosted: 31/10/2008 22:14:28    Post subject: Et des lettres.... tout court?? Reply with quote

Oui, dommage ! j'aime beaucoup l'idée aussi.
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"Le roman, c'est la clef des chambres interdites de notre maison." Louis Aragon
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Plume du Sud
Plume de Calao


Joined: 27 Oct 2008
Posts: 72

PostPosted: 31/10/2008 22:31:30    Post subject: Et des lettres.... tout court?? Reply with quote

Et si on essayait quand même?

Voilà l'une des miennes:

Sache avant tout que je n’attends pas de réponse. Pour le prouver je ne te donne pas mon adresse, et comme je suis sur liste rouge, tu ne la trouveras pas.

Comme je ne connais pas la tienne non plus, j’envoie ma lettre chez tes parents, j’ai vérifié sur les pages jaunes d’internet qu’ils n’avaient pas quitté leur belle villa sur les coteaux de Vence, quand j’ai relu l’adresse, j’ai eu un pincement au cœur, celui que font les souvenirs qu’on avait presque oubliés quand tout à coup ils resurgissent. Chemin des pâtissiers. Oui, c’était ça. J’ai revu la grande côte mal goudronnée et biscornue sur laquelle j’étais mal à l’aise avec mon permis tout neuf, le haut portail blanc magnifiquement ciselé aux extrémités, la maison rosée, et surtout la vue, immense à couper le souffle, sur toute la vallée que surplombait avec arrogance la sublime piscine dessinée par ton père. C’était chez toi en ce temps-là, avant que tu ne t’installes comme moi avec ton compagnon, dans la ville où tu as trouvé du travail. Je ne sais même pas si tu y es toujours.

Toi tu ne retrouveras pas mes parents. Ils sont séparés et ont chacun changé de ville. Tu vois, je te trouve des excuses pour ne pas me répondre. C’est peut-être pour que tu ne te sentes pas obligée de le faire. C’est peut-être pour me consoler d’avance que tu ne le fasses pas.

Je n’ai plus de nouvelles de toi depuis cinq ans. Jamais je n’aurais pu imaginer que cela soit possible un jour tant ta place dans ma vie me semblait essentielle, acquise et définitive. Tu étais ma meilleure amie. Tu l’as été pendant dix ans, et bêtement, comme avec chacune de mes histoires d’amour, je croyais que ça durerait toujours. Tu étais mon histoire d’amitié. Et tristement, comme chacune des histoires d’amour d’alors, elle n’a pas duré. Mais alors que les garçons me quittaient pour une autre fille ou à cause d’une dispute, d’un différent, alors que souvent même c’était moi qui les laissais parce qu’ils ne m’intéressaient plus, toi tu as choisi soudain le silence, sans que je ne comprenne pourquoi, sans aucune raison apparente, tu tranchais les fils qui nous liaient depuis toutes ces années, pourquoi tu me quittais sans rien me dire, pourquoi tu choisissais de continuer sans moi ce voyage qui avait si bien commencé.

Non, je n’ai pas compris. Nous n’habitions plus la même région, ça n’avait pas d’importance pour moi, puisque tu me manquais j’essayais de te joindre, te parler, te faire partager ma vie. Je n’ai pas remarqué immédiatement que tu ne répondais plus à mes lettres, ni aux mails, ni aux messages sur ton répondeur. Je te cherchais des excuses: elle ne l’a pas reçu, c’était la faute de France Telecom, d’internet, du facteur, mais pas la tienne. Tu étais peut-être débordée, par ton nouveau travail, la construction de ta maison dans un village du Lubéron, ton compagnon possessif. Mais tu ne pouvais pas faire exprès d’ignorer mes messages, de me laisser face au silence. Tu ne pouvais pas.
C’est pourtant ce que tu faisais, j’ai mis des mois à le réaliser. D’abord j’ai fait taire cette idée au fond de moi, elle n’avait pas de fondement, elle était trop douloureusement inacceptable pour que je m’y accroche. Le temps a passé sans que tu te manifestes, sans prendre de nouvelles de ta meilleure amie, ni de ta filleule, ma petite fille, dont je t’avais confié le rôle de marraine pour partager avec toi les moments de sa vie, le baptême, les communions, comme autant de raisons de nous réunir à l’avenir, et puis le shopping pour les petites robes, on aimait tellement ça, on l’aurait bichonnée notre princesse, on l’aurait pouponnée.

Je pouponne seule. Laurie ne connaît pas sa marraine, puisqu’elle ne t’a pas revue depuis le jour de son premier anniversaire, qui n’est un souvenir que pour moi. Elle sait qu’elle a une marraine, comme son frère, elle sait que tu t’appelles Lily, elle a vu des photos, mais elle ne te connaît pas. Elle ne sait pas non plus pourquoi un jour tu n’as plus eu besoin de nous dans ta vie. Nous on avait besoin de toi.

Tu étais membre de mon équipage sur le navire de la vie, celui qui vogue sur les jours, qui traverse mers bleues et tempêtes, on se serrait les coudes, on s’essuyait des larmes, on riait comme des folles. C’était bien. Sur ce bateau d’où tu as choisi de descendre, personne n’a pris ta place. J’ai une nouvelle meilleure amie, c’est vrai, avec qui je partage beaucoup, elle est la marraine de mon fils, tu vois je ne suis pas originale. J’ai beaucoup de gens précieux sur mon bateau, des gens que j’aime, des gens bien, je ne manque de rien. Je n’ai même pas besoin de savoir pourquoi ta place est vide. A quoi bon maintenant? Ça changerait quoi que je l’apprenne aujourd’hui? Je n’ai pas besoin d’explications.
Je voulais juste te le dire. Ta place est vide. Les autres, ce n’est pas toi.

Je ne veux plus d’explications. J’ai pourtant essayé d’en trouver, d’en inventer. J’ai pensé tout, n’importe quoi, je ne trouvais rien de valable, je divaguais. Étais-tu jalouse de mes enfants qui naissaient, me cachais-tu que tu ne pouvais pas en avoir? Étais-tu malade, gravement malade, pour faire le vide autour de toi? As-tu voulu me protéger de quelque chose, m’éviter une peine, m’éviter de te perdre en t’en allant avant? As-tu pensé que j’oublierais mes quinze ans, mes vingt ans, ma première clope à cause de toi, nos collections de beaux garçons et de bouteilles de Despés vides, ton rire coquin d’allumeuse, tous les garçons qui t’ont préférée à moi, et je ne t’en voulais même pas.

Je n’ai rien oublié, mais comme tu n’es plus là, j’ai des souvenirs vides, sans coquille, je n’ai personne avec qui les partager. Je suis orpheline de dix années de ma vie que je ne peux plus raconter. Orpheline de toi dans ma vie de femme dont tu ne sais rien, orpheline de bonnes raisons d’avoir perdu autant dans ton silence.
Et s’il n’y avait pas de bonnes raisons? Si je n’avais rien fait de mal, si tu n’avais pas de secret, si c’était juste la faute au temps qui passe et qui bousille tout? Parce qu’on était trop loin, trop occupées, trop grandes. Parce qu’on n’avait plus vingt ans justement. Ça ce serait le pire, ce foutu temps qui mange tout même ce qu’on a de meilleur, de plus beau, de plus précieux. Qui nous fait aller de l’avant, oublier, changer. Non, ça, ce serait trop dur, se dire que nous aussi on y a succombé, qu’on n’a pas su être plus fortes, qu’on n’a pas su se protéger. Non, ne me réponds pas, ne me donne jamais de raison, comme ça au moins je peux croire qu’il y en a une, et que tout ça c’est pas pour rien.

Mon bateau, il avance, et je suis heureuse. J’ai dû faire des choix, j’ai vaincu des orages, escaladé des montagnes, je me suis battue, je suis tombée, j’ai pleuré, j’ai perdu comme tout le monde. Et puis j’ai construit, contre vents et marées, mon bonheur d’aujourd’hui, le bonheur ça se mérite, ce n’est pas un cadeau, j’ai appris ça. J’ai la chance d’être aimée, d’avoir deux diablotins à serrer dans mes bras, à gronder souvent, à consoler aussi. Je suis maman. Je fais un métier que j’aime, et j’ai toujours la même passion, les timbres tu te souviens, tu me gardais tous ceux qui arrivaient chez toi ou à l’entreprise de tes parents, je peux toujours faire des kilomètres pour trouver celui qui m’intéresse, j’ai un budget déraisonnable pour «mes petits bouts de papier» comme tu disais, est-ce que tu penses à moi quand tu en vois un joli?

Est-ce que tu penses quelquefois à moi?

Quand tu entends les chansons d’Eros Ramazzotti pour qui j’aurais vendu mon âme au diable, quand tu retournes sur la plage où l’on s’était baignées nues en plein soleil, ivres de jeunesse et de liberté? Quand tu entends mon prénom porté par une autre, Manue, Emmanuelle, est-ce que tu te souviens?

On s’était rencontrées en cours de maths le jour de la rentrée en première au lycée de Vence, devant la terrible Madame Saleil, qui nous en a fait voir. On ne se connaissait pas, on ne s’est plus quittées, enfin, pendant dix ans. Tu as essayé de m’apprendre les logarithmes et les exponentielles, en vain, j’étais déjà littéraire. Tu étais patiente, quand tu me faisais reprendre les exercices, assises sous le préau, mais je n’étais pas une bonne élève pour les mathématiques. J’étais la meilleure en français, déjà, mais aussi pour sécher les cours de sport, direction la cafète ou bien l’infirmerie.
Tu m’as traînée dans les concerts de tes artistes à toi, mais Éros n’est jamais passé à Nice.
Tu as fini par me convaincre de partager ton paquet de Lucky Strike, moi qui n’avais jamais fumé…
Tu as pleuré, infiniment une nuit de février, la fin de tes sept mois d’amour avec le beau Cédric, et c’est le seul d’ailleurs qui ait fait couler tes larmes, les autres tu les as dévorés comme une mante gourmande, il n’y eut aucun rescapé.
Les divagations philosophiques de la trop jeune Sophie, professeur débutante que nous torturions de nos bavardages, nous intéressaient moins que les comptes-rendus osés de nos nuits blanches en compagnie masculine. On se racontait tellement tout qu’aujourd’hui j’en rougis encore, mais ce fut instructif, drôle et passionnant…
C’est toi qui m’as appris que j’avais eu mon bac, c’est moi qui ai lu ton nom sur la liste d’admission à l’école d’infirmière, l'une allait voir pour l’autre, et puis on fêtait ça…
Et puis il y eut nos apparts, à l’âge de la fac, Nice à nos pieds, croqueuses de soirées, tombeuses de Téquilas et de beaux bruns…et aussi les vacances, comme deux jumelles sous la tente, deux canailles en vadrouille, délirant dans les vagues et dans les discothèques…Un soir, un sacré soir, alors qu’on partageait les clés de la tente que l’on portait en pendentif autour du cou, tu n’étais pas rentrée…Tu avais croisé un bel étalon qui t’avais emmenée finir la nuit sur la plage, et moi qui n’avais dégoté qu’un petit bavard à lunettes, je t’ai attendue avec lui assise sur notre glacière, jusqu’à ce que le petit jour se lève, pour ne pas lui avouer que j’avais la clé…Tu n’es rentrée qu’à huit heures, le sourire béat et les yeux cernés, tu n’en revenais pas que je n’ai pas dormi, que je t’aie attendue assise sur la glacière, et alors on a ri, aux larmes, plus fort que jamais, et dans cette glacière on a rangé tous nos souvenirs, tous nos secrets, tous nos fous rires, tous nos espoirs, on l’a scellée pour toujours et chacune en a gardé la clé dans son cœur.
Je ne sais pas si tu y penses aujourd’hui…

Cette lettre n’est pas triste. Je voudrais que tu souries.
Elle ne revendique rien, elle n’espère rien, c’est trop tard.
C’est le passé, je sais qu’on ne peut pas le ressusciter, que rien ne reviendra de ces beaux jours, ni ton éclat de rire, ni mes vingt ans.
Mais je n’attends rien. J’ai la chance de l’avoir vécu, et ta disparition volontaire n’a pas volé mes souvenirs.
Je t’ai écrit en regardant ta place vide, le cœur certes un peu gros, j’ai passé un moment avec ce morceau de moi que tu as cambriolé et qui n’existe plus.
Je sais que je ne saurai jamais pourquoi ma jolie Lily, petite fille gâtée, capricieuse, dépensière, qui laissait toujours la lumière allumée et chipait des sous dans le porte-monnaie de sa grand-mère, a un jour décidé de changer de bateau et de virer de bord.
Je te souhaite bon voyage, tu me manques pour toujours mais je ne t’en veux pas.

Et si un jour ma fille, quand elle sera grande, me parle de sa marraine, ce fantôme pour qui elle n’existe pas, je lui expliquerai pourquoi je t’avais choisie. J’ouvrirai la glacière et je lui parlerai de deux jeunes filles blondes et complices qui ne savaient pas qu’elles ne le seraient pas toujours. De nos désespérants cours de maths et de philo, du beau Cédric, des discothèques, d’une plage landaise brûlée par le soleil, des révisions du bac, nos exploits amoureux, nos confidences, les Despés, les Téquilas, les Lucky Strike, et les copains du camping…Et je lui souhaiterai une telle amitié, la chance de vivre ça à son tour. Parce que c’était bien.

Alors je refermerai la glacière une dernière fois, en enfermant dedans tout ce qu’il reste, dix ans de souvenirs, et une éternité d’absence.
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Khéops
Plume de Phoenix


Joined: 06 Jun 2007
Posts: 1,476

PostPosted: 01/11/2008 18:26:39    Post subject: Et des lettres.... tout court?? Reply with quote

Mon texte est long, plus de 8000 caractères, si je dois l'enlever, dites-le moi, je le supprimerais.


Voyage sans retour.


Mon cher fils,

C’est une lettre bien des fois commencée, abandonnée, puis reprise, que je t’adresse aujourd’hui. Une lettre si difficile …
Oh, je ne cherche pas à me justifier, mais à expliquer. Juste expliquer. Si expliquer peut suffire.
Un jour, j’ai pris un aller simple pour un voyage sans retour. Je vous ai laissés derrière moi, par désespoir. Je te vois ricaner, mais sais-tu, à ton âge, ce qu’est le désespoir ? Le vrai désespoir. Pas cette comédie de la vie que la plupart des gens mettent en scène, pour se donner la sensation d’exister. Non, le désespoir profond, celui qui fait qu’un jour, on part.
A Roissy, j’ai demandé pour quel vol il restait de la place, et mon billet pour Boston en poche, j’ai attendu dans le hall le départ de mon avion. Boston. Je ne savais pas à quoi ressemblait Boston en hiver. Il devait sans doute y avoir de la neige. C’était bien. C’était mieux. Le soleil, les plages, les touristes, cette ambiance de vacances, je n’en voulais pas. L’hiver, le froid, la nuit qui tombe tôt et qui noie dans son ombre toutes les formes vivantes, me convenait. Le hasard avait bien fait les choses.
J’ai regardé autour de moi. Le hall d’embarquement n’était pas très rempli. Des gens déambulaient, désoeuvrés, le regard vague. D’autres feuilletaient des revues, levant de temps en temps la tête, l’air indifférent.
J’ai posé ma valise sur le siège à côté de moi. Tu sais, la petite valise noire que tu prenais l’été, pour partir en colonie. Juste ce qu’il faut pour une personne. Quelques sous-vêtements, des chemises, des pantalons, des pulls. Elle était prête depuis deux semaines déjà. Rangée dans le placard de l’entrée.
Mon avion s’est enfin annoncé. J’ai embarqué pour huit heures de vol. Je n’avais pas pris de livre, je n’avais rien à faire. J’ai un peu dormi, et beaucoup pensé. Dans deux semaines, ce serait Noël, et pour la première fois, je ne serais pas avec toi. Je revoyais tes Noëls d’enfant, il y a bien longtemps.
Une année, tu t’en souviens sans doute, tu devais avoir cinq ou six ans. Tu avais décidé d’attendre le Père Noël. En pyjama, blotti dans une couverture, tu t’étais installé devant la cheminée, et tu fixais sans faiblir, l’ouverture sombre. Tes grands yeux, ton air si sérieux m’avaient donné envie de rire. Et puis le sommeil avait eu raison de toi. Je t’avais pris doucement dans mes bras. Tes cheveux blonds chatouillaient mon cou et je respirais ton odeur de bébé. Je t’avais déposé dans ton lit, et j’avais quitté ta chambre sur la pointe des pieds, le cœur débordant de tendresse.
Depuis, le temps a passé. D’autres Noëls se sont succédés. Jusqu’à ce jour de décembre où, seul, j’ai atterri sur cet aéroport étranger, froid et triste, recouvert d’une gadoue glissante.
Perdu, écrasé de solitude parmi tous ces gens qui s’agitaient, je ne savais plus ce que j’étais venu faire là.
J’ai avisé un taxi, lui ai demandé l’adresse d’un hôtel pas trop cher. Il m’y a déposé et là, j’ai dormi tout le restant de la journée. Le décalage horaire m’avait épuisé.
Alors a commencé mon « aventure américaine ». Des jours tous pareils, sombres et vides. Une suite ininterrompue de jours identiques, et aussi des nuits, d’insomnie, à fixer par la fenêtre de ma chambre le néon publicitaire rouge qui clignotait inlassablement.
De temps en temps, je faisais le tour du quartier, m’efforçant de regarder autour de moi, de m’imprégner de la rue. Mais mon état physique s’est rapidement détérioré. La fatigue me terrassait de plus en plus souvent, à n’importe quel moment. Les médicaments, pris aux doses maximum, ne calmaient plus ma douleur. Il m’arrivait de ne plus pouvoir sortir. Allongé sur mon lit, les yeux rivés au plafond, luttant contre la souffrance qui inondait mes tempes de sueur, je m’efforçais de penser à vous. Comment alliez-vous ? Qu’étiez-vous en train de faire ?
Et puis l’hiver s’est terminé. Quelque chose de suave flottait dans l’air. Plus de gadoue, des feuilles vert tendre aux branches, le printemps s’est installé. Mais je n’ai guère pu en profiter. Lorsque la maladie me laissait un répit, j’allais m’asseoir sur un banc du parc non loin de mon hôtel, et je regardais la vie reprendre. La vie des autres. Je pensais à toi en contemplant les enfants sur leurs rollers. Quelquefois, j'apportais du pain pour les canards, comme nous le faisions ensemble, au bord de la Seine. Le temps passait.
L'été bostonien s'est abattu sur la ville comme une chape de plomb. La chaleur m'étouffait. Je ne quittais plus ma chambre. Je n'arrivais plus à me nourrir, et j'ai perdu quinze kilos en deux mois. Cet été-là, j'ai bien cru que j'allais y passer. Et puis non. Il faut croire que l'organisme humain a des ressources insoupçonnées.
La maladie. Aujourd'hui encore, je ne peux pas dire "ma" maladie. Je n'ai jamais réussi à l'intégrer à ma personne, c'est une chose extérieure à moi, une chose qui m'a attrapé, qui me dévore, mais qui reste en dehors. Une sorte de bête ou de double, semblable et si différent. En tous cas, quelque chose que je ne comprends pas, qui me plie sous son joug, qui me réduit moi aussi à une chose, à un esclave sans force et sans désir. Peut-être est-ce pour cela que j'ai tant de mal à en parler. Mais voilà que je m'égare. Je m'étais pourtant juré que je t'épargnerai les détails de ce mal qui me ronge. J'ai mis des milliers de kilomètres entre nous, pour t'éviter le spectacle de la déchéance que je savais inéluctable. Ce n'est donc pas pour me répandre en précisions sordides dans cette lettre.
J'ai finalement atteint Septembre, comme un bateau atteint la rive après un long voyage. J'ai laissé derrière moi les vagues de chaleur qui avaient bien failli me terrasser. L'automne allait bientôt arriver, et son été indien flamboyant, que je n'avais pas encore vu. Mais lorsque je pensais qu'ensuite viendrait l'hiver, sombre, humide, glacial, je ne me sentais pas le courage de l'affronter à nouveau. Comme j'allais mieux, j'ai entrepris des démarches pour rentrer en France. Le professeur qui me soigne tente un nouveau traitement, je dois être suivi très étroitement. Il s'est donc occupé de me trouver une place dans un hôpital. De toute façon, je n'aurais pas pu envisager de revenir chez nous. Trop dur, trop compliqué ... Et puis je me trouvais lâche. Lâche de ne pas être allé jusqu'au bout de ma solitude, jusqu'au bout de ma souffrance. J'avais pris un aller simple, le retour n'était pas prévu. Et je suis revenu. Il faut croire que c'est comme ça quand on voyage. Un aller implique un retour.
J'avais demandé à ta mère, lorsque je serais parti, de te parler de la maladie contre laquelle je me bats depuis presque trois ans. Je sais qu'elle l'a fait, en douceur, en t'expliquant les étapes que j'avais vécues. Je sais aussi que tu n'as pas accepté mon départ, que pour toi, ce n'était pas une raison valable. Je te l'ai dit, je ne cherche pas à me justifier. Juste à expliquer. Peut-être comprendras-tu ainsi mieux ce dégoût que j'éprouvais à l'idée que tu puisses me voir souffrir, me voir vaincu. Aussi, ne me juge pas, ne me condamne pas. J'ai fait ce qui me semblait être la seule chose à faire.
Maintenant, c'est bel et bien un aller simple que je vais prendre. Un aller simple pour le néant. Malgré le vague espoir suscité par le nouveau traitement, je ne me fais pas d’illusion. Je sais que je suis face au grand gouffre noir qui va m'engloutir. Je ne voulais pas rester sur un silence. A dix-huit ans, tu as ta vie devant toi, moi, la mienne est derrière. Je ne peux que te dire de profiter de chaque instant qui te sera donné, d'apprécier chaque moment de bonheur, et aussi, si tu veux bien, de ne pas m'oublier
Mais le jour décline, et je suis fatigué. Par la fenêtre de ma chambre d'hôpital, le ciel se teinte d'écharpes roses striées de gris. Demain il fera beau. Déjà, ma main a du mal à tenir le stylo. Je crois que je vais dormir un peu. Souviens-toi, mon fils, souviens-toi de ton père qui t'aime, des Noëls passés, de ton enfance heureuse ...
Souviens-toi de moi, c'est tout ce qui me reste.
Papa.
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Plume du Sud
Plume de Calao


Joined: 27 Oct 2008
Posts: 72

PostPosted: 01/11/2008 19:45:45    Post subject: Et des lettres.... tout court?? Reply with quote

Kheops, c'est bouleversant, c'est magnifique.
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Khéops
Plume de Phoenix


Joined: 06 Jun 2007
Posts: 1,476

PostPosted: 01/11/2008 20:55:42    Post subject: Et des lettres.... tout court?? Reply with quote

Merci Plume du Sud. Embarassed
Ta lettre aussi est très belle et m'a fait penser à une histoire identique que j'ai vécue il y a longtemps ... pendant plusieurs années après cette "rupture" non voulue de ma part, j'ai pleuré tous les 14 septembre, jour anniversaire de cette "amie". Et encore aujourd'hui, je ne comprends pas pourquoi ...
Tu as des phrases très évocatrices et j'ai énormément aimé ton texte sur le déménagement de l'adolescente de 15 ans.
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Plume du Sud
Plume de Calao


Joined: 27 Oct 2008
Posts: 72

PostPosted: 01/11/2008 23:33:05    Post subject: Et des lettres.... tout court?? Reply with quote

Je te remercie à mon tour... Wink

Qui d'autre a des lettres?
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Arleen
Plume de Kookaburra


Joined: 27 Feb 2008
Posts: 529

PostPosted: 05/11/2008 16:14:21    Post subject: Et des lettres.... tout court?? Reply with quote

Vos lettres m'ont touché. Tu décris si bien, plume du sud. Tu vas en profondeur, alors forcément, c'est émouvant. Cela touche. Et il y a d'autres lily ....
Khéops, belle façon de raconter une histoire de non-dits, ta lettre. Et tu fais passer tellement d'émotions.
Une bonne idée que d'avoir réouvert ce fil !
Voici ma lettre pour faire suite.


Toi, Laurence. La grand-mère que j’ai à peine connue.
A peine ? Oui et non.

Pour ce qui est de la durée, certainement. Foudroyée à la fin de ma première année. Tu avais pourtant toujours eu une santé de fer. La rouille s’est incrustée en profondeur. Quand elle s’est manifestée, il était déjà trop tard.

Pour l’intensité, même si mes souvenirs ne s’ancrent pas dans la réalité, tu m’as marqué.
Repère familier de mon début à la vie. Avec le recul, je perçois ce dernier trait d’union que je fût dans la désunion que tu partageais depuis des années avec mon grand-père.
Tu me changeais. Tu me bordais. Tu me veillais. Tu me racontais des histoires. Tu me nourrissais. Tu vilipendais Louis quand il craquait et me sortait du parc. J’ai maintes fois imaginé ces scènes qu’il me racontait. Il souriait, revoyant mes bras tendus, mon sourire charmeur et mes yeux implorants.
Il devait tant se réjouir de te contredire.

Tu avais le temps que tu n’as pas eu pour tes enfants. Je te comprends, tu sais. Je crois percevoir la femme que tu étais , même si je suis réduite à me l’imaginer.
Les enfants en nourrice à la campagne. Cela se faisait pour les femmes qui travaillaient. Tu es née un siècle trop tôt.
Trop en avance pour pouvoir divorcer. Mais assez pour vivre ta vie. La cacher. Tu ne savais pas, mais tu étais plus jeune que je le suis maintenant, que les secrets sont faits pour être dévoilés. Que se taire n’est pas protéger.
Tu as emporté des miettes de notre histoire.
Mais je dois tant à ton goût du secret. Sans lui, sans cette douleur, ma mère aurait peut-être été tentée de me cacher à son tour l’essentiel. L’essence même.
Elle ne saura jamais qui elle est vraiment. Si ses choix étaient une réaction aux tiens. Si elle n’aurait pas suivie une autre voie sans cela. Elle s’est un peu trop interdit d’être heureuse. Trop souvent.
Car avant de laisser dans ton sillage une emprunte sur ma vie, tu as marqué au gros sel la chair de ma mère. Finalement, il y a de toi en moi. De ton histoire dans la nôtre.

J’ai cette chance de pouvoir parler à la femme qui est ma mère. Elle n’a pas eu la mienne.
De la questionner et d’échanger sans faux semblants sur ses amours. Ses fragilités. Ses doutes. Ses joies. Ses peines. De connaître ce et ceux qui me compose. Mon héritage émotionnel. Mon héritage spirituel.

Tu as été en filagramme présente dans mon enfance. Je ne m’intéressais pas particulièrement à toi. Je ne cherchais pas à comprendre.
Le lien s’est tissé à l’adolescence. La curiosité est venue d’une vieille photo. Si tu pouvais, te souviendrais-tu de l’éclat de ta jeunesse et de ta beauté dans les années folles ? Cette image de toi que je croyais être celle d’une actrice que je ne connaissais pas.
Actrice, je n’étais pas si loin de la vérité, n’est-ce pas ? Tu as caché ta grande histoire d’amour.
Tu la voyais tous les jours, la trace qu’il avait laissée. Dans ton cœur. Dans ton ventre. Dans ta vie et dans celle de Louis. Lui ressemble-t-elle ? Est-ce pour cela que tu ne t’étais pas rapprochée d’elle ? J’oublie. Tu pensais avoir l’éternité. Tu lui en aurais peut-être parlé ….

Les secrets ne résistent pas aux jalousies. Une femme que tu croyais ton amie a dévoilé tes secrets … mais pas le sien, nous ne saurons jamais son nom. Elle était en plein deuil, ta fille. Le coup était d’autant plus violent.

Ce n’est pas d’avoir eu un autre père biologique que celui qu’elle pensait qui la torture encore maintenant. Elle considère toujours Louis comme son père, ta fille. C’est la confiance que tu as brisée. Si tu as pu lui mentir sur cela, quels autres points ignorait-elle ? Tu étais sa mère, mais elle croit tout ignorer de toi.
Et elle aurait aimé juste savoir d’où elle venait. Pouvoir répondre aux questions des médecins sur ses antécédents sans être submergée par ce voile omniprésent.

J’ai l’air de t’en vouloir. Détrompes-toi. J’ai une vraie tendresse pour toi. Je ne serais jamais juge au tribunal.
Tu t’es battue pour imposer Louis dans ta famille. Se marier en prison et choisir un mauvais garçon dans une famille où tes cousines épousaient pharmaciens et médecins, c’était gonflé !
Tu étais promise à un autre avenir. Ils t’en ont voulu. Et tu n’avais plus non plus ta mère, la seule parmi ses nombreuses sœurs à avoir fait un mariage d’amour. Elle t’avait quitté enfant, elle aussi envolée trop tôt.
Tu as eu des responsabilités qui n’étaient pas de ton âge, à veiller comme tu l’as fait sur ta sœur handicapée.
Tu travaillais. Tu t’assumais. Tu adorais lire et discuter. Tu dévorais la vie.
Tu ne pouvais pas savoir qu’il est si important de dire je t’aime à ses enfants. De leur parler vraiment. Tu n’étais pas en avance, sur ce plan là.

Tu vois, tu n’es pas vraiment morte.
Tu devais être sacrément vivante pour laisser une si grande partie de toi en nous.

Ta petite fille, de chair et d’esprit

Arlette
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Plume du Sud
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PostPosted: 07/11/2008 14:00:04    Post subject: Et des lettres.... tout court?? Reply with quote

J'adore la forme épistolaire pour le texte court, le tutoiement si émouvant. On a l'impression de pouvoir dire tout ce que l'on a sur le coeur, et qu'il n'est jamais trop tard.
"Tu vois, tu n’es pas vraiment morte". comme là, par exemple...
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