A vos plumes ! Forum IndexA vos plumes !
Forum littéraire, qu'on se le dise !

 FAQFAQ   SearchSearch   MemberlistMemberlist   UsergroupsUsergroups   RegisterRegister 
 ProfileProfile   Log in to check your private messages   Log inLog in 

Les textes

 
Post new topic   This topic is locked: you cannot edit posts or make replies.    A vos plumes ! Forum Index -> Jeux de plumes -> Archives -> Jeu n°35 : Un jeu théâtral
Previous topic :: Next topic  
Author Message
Guylou
Plume de Simurgh


Joined: 01 Jun 2007
Posts: 2,849

PostPosted: 24/03/2008 08:26:25    Post subject: Les textes Reply with quote

Double Jeu

Le décor représente un salon avec fauteuils, canapé, télé, une table, un meuble Bibliothèque ; au fond, une porte donnant sur l’extérieur. Une femme d’une quarantaine d’années est assise dans un fauteuil, un verre à la main. On entend la sonnette. La femme va tranquillement à la porte et l’ouvre. Un homme entre, âge mûr, chauve, une valise à la main.


– Dépêche toi d’entrer !

Il l’enlace et l’embrasse puis se recule pour mieux la regarder.

– Tu n’a pas changé, j’avais tellement hâte…
– Oh si, Paul, j’ai changé ! Quand je regarde les photos d’avant…cette femme coquette, pleine de vie, que Julien était si était si fier d’avoir à son bras…
– S’il te plait Sylvie, ne parlons pas de ton mari…
– Je traîne dans cette vieille robe, je me laisse aller. Je ne dois pas être bien attirante. Et puis… tu veux boire quelque chose ?

Elle disparaît vers un coin de la pièce et revient avec un verre et une bouteille qu’elle brandit.

– Whisky ? Entamée hier soir…
– Tu bois maintenant ? Toi si soucieuse de ton teint… tu disais « j’ai pas envie d’arriver à la cinquantaine bouffie comme une baleine »

Il lui prend la main.

– Ma pauvre chérie. Ç’a été dur pour moi aussi, un an sans se voir, sans se téléphoner. Mais c’est fini. Tous deux, on a bien mieux que l’alcool non ?

Il l’enlace avec fougue mais elle se dégage

– Paul, j’ai changé à l’intérieur aussi, démolie, je fais des cauchemars. Et encore, quand je dors. La nuit dernière, pas fermé l’œil. Parfois j’ai l’impression que Julien est encore là. Je n’en peux plus Paul, plus de goût à rien. La semaine dernière, j’ai failli prendre des cachets pour…

– Mon trésor, fini tout ça, je serai là. Est-ce que je ne t’ai pas toujours protégée ? Ton chevalier, comme tu disais…j’étais prêt à n’importe quoi pour toi. Et je l’ai prouvé non ? On quittera cette maison, on a les moyens après tout.
- Ecoute Paul, c’est difficile à dire mais il vaut mieux que tu fasses ta vie sans moi maintenant.

Paul se lève, il crie.

– Sylvie ! On était bien d’accord. On a tout mis au point ensemble ; c’est même toi qui m’a convaincu de le…Qu’est-ce qui se passe ? Tu as quelqu’un d’autre, c’est ça, tu as quelqu’un d’autre ?
– Bien sûr que non, c’est juste que…je crois que je suis incapable d’aimer maintenant. C’est comme si mon cœur était pris dans un étau. Mais je ne te laisserai pas tomber, je te donnerai ta part, une grosse somme en tous cas…
– Tu ne crois quand même pas que j’ai fait ça pour le fric !
– Tu parlais de la belle vie qu’on aurait, le soleil, les voyages, les hôtels de luxe…
– La belle vie…. mais avec toi Sylvie, je t’aime ! Sans toi, le soleil, je m’en fiche !
– Excuse-moi, Paul, je suis tellement fatiguée, j’ai si mal dormi. Donne moi une semaine, je vais réfléchir ; c’est peut-être juste qu’il faut que je me réhabitue au bonheur, je vais penser à toi, à nous…
– Enfin je retrouve ma Sylvie! Ça va être long une semaine mais je ne peux pas te refuser ça.

Elle se lève, ils vont à la porte. Ils s’embrassent. Paul sort ; Sylvie le regarde s’éloigner, referme la porte, prend un portable sur un meuble et compose un numéro.

– Daniel ? …Oui, en pleine forme, merveilleusement dormi…Il vient de passer. Non c’est pas de l’argent qu’il veut, c’est moi. Il m’aime vraiment, cet imbécile. Tu sais ce qui te reste à faire… tu as une semaine. Tu passes ce soir, mon chéri ? Je m’étais faite laide pour lui mais pour toi, je vais me faire toute belle. La vie est belle !


Sables

Le décor représente un salon avec fauteuils, canapé, télé, une table, un meuble Bibliothèque ; au fond, une porte donnant sur l’extérieur. Une femme d’une quarantaine d’années est assise dans un fauteuil, un verre à la main. On entend la sonnette. La femme va tranquillement à la porte et l’ouvre. Un homme entre, âge mûr, chauve, une valise à la main.

L’homme : ainsi que je vous le disais au téléphone, c’est votre amie Marie qui…

La femme (le coupant) : Le jour où Marie cessera de se mêler de tout, le monde ira mieux. Cela ne fait aucun doute. Quant au terme « amie », il est très exagéré. Mais enfin… Puisque j’ai eu la faiblesse de vous accorder un rendez-vous, allons-y, et faisons vite.

L’homme (amusé) : Quel accueil ! Vous savez, l’imagination s’égare : il se peut même que vous ne regrettiez pas ma venue. Mais j’anticipe.

La femme (reprenant son verre, et d’un air ironique) : J’ignore si vous êtes naïf, optimiste, ou les deux, mais la tentative de persuasion est méritante. Allons-y, vous ai-je dit.

L’homme s’avance un peu plus dans le salon, pose sa valise sur la table basse, et l’ouvre. On ne distingue pas ce qu’elle contient.

L’homme (ton très commercial) : nous avons donc plusieurs modèles, aussi bien au niveau du contenu, que du contenant. Bien entendu, je ne vais vous montrer ici que des échantillons, dans des flacons standards. Je vous laisserai notre catalogue en partant.

Il sort un petit flacon en verre, rempli d’une poudre rose. La femme retourne s’assoir dans son fauteuil.

L’homme : « le sable des princesses ». Idéal pour endormir les petites filles romantiques. Garantit des rêves remplis de princes charmants et de robes scintillantes.

Il repose le premier flacon, en reprend un autre, rempli de sable blanc.

L’homme : « le sable des neiges ». Pour les aventuriers dans l’âme, qui rêvent d’affronter le pôle nord, ou d’y rencontrer le Père-Noël. Garantit des rêves pleins de flocons virevoltants.

Il repose le second flacon, en saisit un troisième, jaune doré.

L’homme : « le sable d’orient ». Pour ceux que les milles et une nuits envoûtent, et qui écouteraient Shéhérazade jusqu’à la fin des temps. Garantit des rêves aux senteurs d’épices.

En reposant le troisième flacon, l’homme jette un regard vers la femme. Elle est impassible, l’air sévère, dans son fauteuil. En voyant que l’homme cherche sa participation, elle se lève.

La femme : Je savais que cette entrevue serait ridicule, mais j’ignorais à quel point. Nous n’allons pas jouer ce jeu bien longtemps. Je vous prie de ramasser vos grigris et d’aller bonimenter ailleurs. Je ne suis pas bon public.

L’homme se saisit d’un flacon rempli de sable rouge.

L’homme : Un petit dernier, alors ! « Le sable de paix ». Issue des philosophies chinoises anciennes. Notre seul sable réservé aux adultes. Connu pour ses vertus apaisantes. Il gomme les souffrances, adoucit les douleurs. Permet de retrouver un sommeil serein, et peut parfois même agir sur les périodes de veille. Nous n’en avons que des compliments.

La femme (se dirigeant vers la porte, et l’ouvrant. Ton glacial) : j’en suis ravie pour vous. Maintenant partez, c’est assez de stupidité pour aujourd’hui.

L’homme, après une hésitation, reprend sa valise, se dirige vers la porte, tend une main à la femme, qui ne la serre pas. Il sort.
La femme, seule, reprend son verre.

La femme : Le marchand de sable est passé. Belle foutaise ! Son flacon rouge ne peut rien pour moi.

Un silence. Elle fait trois pas

La femme : en revanche…

Air subitement moins las. Elle boit une gorgée.

La femme : disparaître à jamais dans les sables mouvants de la baie du Mont, ça, c’est une idée.


Un ami qui vous veut du bien.


Le décor représente un salon avec fauteuils, canapé, télé, une table, un meuble bibliothèque ; au fond, une porte donnant sur l’extérieur. Une femme d’une quarantaine d’années est assise dans un fauteuil, un verre à la main. On entend la sonnette. La femme va tranquillement à la porte et l’ouvre. Un homme entre, âge mûr, chauve, une valise à la main.

—Oui, c’est pour qu… Théo ?? C’est bien toi ?
—Bonjour Gwen. Je sais, ça fait un bail.
—Quelle bonne surprise ! Mais viens donc t’asseoir. Pose ta valise et mets-toi à l’aise. Tu veux boire quelque chose ?
—C’est pas de refus, j’ai très soif, je suis venu à pied de la gare et avec ce cagnard …
—En effet ! Qu’est-ce qui t’amène à Paris ? Tu délaisses tes champs et tes vaches, comme ça ?
—(Rires.) Oui, c’est tout à fait ça !
(Gwen lui tend un verre et s’asseoit sur le canapé à côté de lui.)
—Merci. Tu t’es souvenue …
—Bien sûr ! Qu’est-ce qu’on a pu te charrier avec ça ! Dans le resto le plus chic, toi tu aurais pris de la limonade !
(Rires, puis silence gêné. Théo boit puis dit, très vite.)
—J’ai vendu ma ferme et je reviens m’installer à Paris.
—Hein ? Mais … comment est-ce possible ?
—Et bien … ma femme s’est tirée avec le fils du charcutier il y a trois mois. Un gamin de vingt cinq ans, tu te rends compte ? Elle en a le double ! Sans elle, j’ai pas eu la moelle de continuer. La vente m’a bien rapporté alors j’ai pensé revenir par ici. Prendre un commerce.
—Mon pauvre Théo, je suis désolée pour toi !
—Faut pas, ma grande, c’est digéré maintenant ! Mais je voulais te demander un service …
—Ben dis-moi ! Si je peux ce sera avec plaisir.
—Voilà, pourrais-tu m’héberger pendant quelques temps, disons un mois ou deux … en attendant que je trouve un commerce qui me convient et un appart’. C’est grand chez toi et je pensais que … enfin, que ça ne te gênerait pas trop …
(Gwen reste bouche bée un instant.)
—Euh …
—Rassure-toi, je ne compte pas t’envahir ! J’espère trouver vite !
—Remarque, c’est vrai que j’ai de la place … bon, c’est d’accord, je vais te préparer la chambre d’amis.
—Il y a autre chose …
(Théo hésite, se tortille sur le canapé, n’ose pas regarder Gwen.)
—Oui ?
—On se connaît depuis longtemps toi et moi. On est de vieux amis et on aurait même pu être un peu plus à une époque … Alors j’ai pensé … voilà … si on se mettait ensemble ? Je veux dire : accepterais-tu de vivre avec moi ? Je ne te propose pas le mariage, c’est plus de notre âge et puis, vu ce que le mien a donné ! Mais …
—Attends, Théo. Tu n’es pas sérieux ? Nous sommes des amis et ça me convient très bien comme ça !
—J’ai pensé bien des fois à toi pendant toutes ces années, Gwendoline. Tu sais très bien que j’ai toujours éprouvé un petit quelque chose pour toi, ne dis pas le contraire !
—Enfin, Théo, cesse donc ces enfantillages !
—Mais c’est sérieux ! Nous sommes libres et je … je t’aime !
(Il se jette alors sur elle et cherche à l’embrasser. Elle se débat, se lève du canapé. Il l’imite, pose ses mains sur ses seins et commence à la caresser.)
—Théophraste ! Non ! (Elle le gifle.) Sors de chez moi immédiatement, je ne veux plus te voir !
(Elle le traîne vers l’entrée, ouvre et le pousse sur le palier. Puis elle claque la porte. Apercevant la valise, elle l’attrape, rouvre la porte et la jette. Théo balbutie.)
—Mais Gwen …
—Fiche le camp, Théo ! Et ne reviens pas !
(Sur ce, elle referme la porte, donne deux tours de clef et revient dans le salon.)
—Non mais, il doute de rien ! On ne peut même plus faire confiance à ses amis, maintenant !
(Elle s’asseoit sur un fauteuil et allume la télé.)


Amour torride

Le décor représente un salon avec fauteuils, canapé, télé, une table, un meuble Bibliothèque ; au fond, une porte donnant sur l’extérieur. Une femme d’une quarantaine d’années est assise dans un fauteuil, un verre à la main. On entend la sonnette. La femme va tranquillement à la porte et l’ouvre. Un homme entre, âge mûr, chauve, une valise à la main.

La femme, sans chaleur :

—Charles ? Je ne t’attendais pas si tôt !
—J’ai pris un taxi depuis la gare. Trop crevé pour attendre le bus. Ça va, Anna ?
La femme ne répond pas, reprend sa place dans le fauteuil, l’œil rivé à la télévision. Charles se laisse tomber lourdement sur le canapé, sans ôter sa veste.
—Déjà un verre à la main à 4h de l’après-midi, tu ne crois pas que tu exagères…
—Eh voilà, tu débarques et c’est la leçon de morale ! Tu crois que je me suis amusée pendant cette semaine, avec pour seule compagnie Les Feux de l’amour, la Star Ac, FBI et les Experts. En plus, France 2 était en panne samedi soir et j’ai raté Patrick Sébastien. Un comble ! Et ta mère qui n’arrêtait pas de téléphoner pour avoir de tes nouvelles.
—Tu n’avais qu’à m’accompagner. Je te l’avais proposé. Tu ne me demandes même pas comment s’est passé mon salon de Paris !

Anna éclate de rire.
—T’accompagner ? Ah non merci, pour les salons j’ai déjà donné ! Le plomb, l’enterrement de première classe ! Comment ça s’est passé ? Mais je le sais, mon pauvre vieux : comme d’habitude !

Elle chantonne : « Comme d’habitude… »
— Rappelle-toi : à Triffouillon, ton village natal, où tout le monde te connaît, tu en as vendu combien de tes « Manuel du collectionneur de papillons » ? Tu as serré des mains, embrassé tes copines d’enfance tout l’après-midi, mais les papillons sont restés dans le filet. Tu n’as pas fait mieux chez moi à Bécon la Prune. Pourtant, j’avais bien battu le tambour. Mais personne n’en a voulu non plus de ta première œuvre. Tu m’as fichu la honte. Je ne parle pas de Lyon, Annecy. Des frais de voyage, d’hôtel pour combien de ventes ? Des clopinettes ! Alors dis-moi, à Paris, tu en as dédicacé combien de « Joyeux petit bricoleur ? »

Charles, serrant les dents :
—Deux !
Anna se tape vulgairement les cuisses :
—Une semaine… deux bouquins vendus ! Je parie que le premier, c’est Michaud qui a fait le voyage avec toi qui te l’a acheté, par pitié. Allez, avoue ! Ce ne serait pas la première fois !
—Tu es vraiment dure, Anna, je me démène…

Elle se dirige vers la bibliothèque :
—Dure ! Non, lucide ! Regarde donc ce rayon de la bibliothèque, consacré à tes chères œuvres. C’est à pleurer ! Mon pauvre ami, qui va trouver son bonheur dans « Pêcher à la mouche », qui va s’éclater à la lecture de « Vis et tournevis », prendre son pied avec « Pelles et râteaux ? » ou « Mes poissons rouges ? » Tu vas me ressortir ton refrain : on ne parle bien que de ce que l’on connaît bien, mais tout de même ! Tiens, jette un coup d’œil sur la table. J’ai trouvé ce petit chef d’œuvre hier chez mon marchand de journaux : « Amour torride à cinquante ans. » Un titre qui accroche, non ? C’est l’histoire d’une femme qui découvre la passion, le plaisir charnel à la cinquantaine. Je l’ai dévoré en deux heures et tu me connais, les livres, ce n’est pas vraiment ma tasse de thé. L’auteur est une certaine Martine Fontaine. Sacrément douée, la dame !

Charles s’est levé et manipule le livre avec tendresse :
—Douée, sympathique, bourrée de qualités…
—Non, tu la connais ?
—Nous nous sommes rencontrés au salon de Paris. Tu vois Anna, ma valise est restée dans l’entrée, j’hésitais encore, je voulais te donner une dernière chance. Mais tu es vraiment trop garce, trop conne ! Alors je file retrouver Martine. Elle ne crache pas sur mes petits manuels, elle. Et l’amour torride à cinquante ans, je te garantis qu’elle a su me le faire découvrir, et autrement que dans son livre !

Charles claque la porte derrière lui. Anna lance rageusement son verre en direction de la bibliothèque. Rideau.


Sans mots

Le décor représente un salon avec fauteuils, canapé, télé, une table, un meuble Bibliothèque ; au fond, une porte donnant sur l’extérieur. Une femme d’une quarantaine d’années est assise dans un fauteuil, un verre à la main. On entend la sonnette. La femme va tranquillement à la porte et l’ouvre. Un homme entre, âge mûr, chauve, une valise à la main.
- Alex ! Merci d’accourir après mon appel !
- Qu’y a t-il Léa ? Toi si sobre, je te vois un verre à la main ?
- Je suis victime d’un phénomène étrange, je veux t’en faire part car tu es le seul à pouvoir m’aider.
- Pourquoi m’as tu demandé de prendre une valise ?
- Tu vas comprendre, je suis bouleversée.
- De quoi s’agit-il ?
- Je t’offre un verre ?
- Volontiers, merci.
Léa verse une rasade à Alex, lui tend le verre. Il prend place sur le siège en face d’elle.
- Voilà : j’organise depuis quelques semaines des séances de lecture ici même au cours desquelles je fais découvrir des auteurs peu connus à des amateurs de littérature.
- C’est une idée intéressante.
- Oui. Il y a un peu de monde et ma foi j’étais satisfaite de voir combien ce type de rencontres peut permettre d’échanges.
- Je m’en doute.
- Je suis assez éclectique dans mes choix et j’ai largement pioché dans ma bibliothèque pour l’animation de ces moments.
- Mmm…
- Nous avons ainsi fait se côtoyer des textes contemporains avec certains plus anciens. Petit à petit les participants se sont pris au jeu et j’en soupçonne même quelques uns d’avoir tenté l’aventure de l’écriture, espérant peut-être que ces réunions seraient propices à leur promotion.
- Pourquoi pas, effectivement ?
- Bien sûr. La dernière rencontre a été l’occasion pour l’un d’entre eux - très assidu et à qui j’avais permis de venir consulter librement mes livres - de vouloir imposer la lecture de textes sans mentionner leur origine. Nous avons trouvé cela déloyal et une discussion vive, et pas toujours constructive d’ailleurs, a perturbé notre groupe.
- Viens-en au fait…
- Après cette séance épuisante, j’ai voulu me détendre avec un de mes livres favoris.
Léa, dans un état de plus en plus fébrile se lève et marche de long en large.
- Je me suis aperçue que plusieurs pages étaient blanches, comme si elles n’avaient jamais été écrites. J’ai vérifié d’autres volumes et beaucoup étaient dans le même cas.
- Quelle est cette histoire, Léa ?
- Je ne sais te dire. Je suis effondrée, mais les mots ont disparu !
- Que racontes tu là !
- Parfaitement ! Alors j’ai fait le rapprochement avec ce type qui les a consultés et depuis je le suspecte de les avoir volés et dispersés.
- Des mots ?
- En y repensant, je lui trouve des airs étranges et son intérêt pour ma bibliothèque plaide pour cette accusation. De même que son empressement à nous lire des textes sans référence d’auteurs.
Alex se lève à son tour hochant la tête d’un air sceptique
- Mais enfin, les pages y sont, elles ne sont pas arrachées ?
- C’est vrai. Mais ces livres sont en manque de mots.
- …
- Je compte sur toi pour m’aider à les retrouver.
- Voyons Léa !
- C’est pour ça que je t’ai prié de prendre une grande valise.
- Je ne comprends pas…
- Si. Tu vas les chercher. Tu les ramèneras.
- Tu deviens folle…
- Je ne t’ai pas dit que ces histoires auxquelles il manque des mots concernent des aventures de voyage ?
Léa s’arrête subitement devant son ami abasourdi et prend un ton pressant
- Toi, avec ton métier de pilote tu parcours le monde, ces mots, tu pourrais les croiser sur ton chemin, tu les mettras dans la valise et me les rapporteras. Ils reprendront leur place et tout rentrera dans l’ordre. Oh, je t’en prie Alex accorde moi cette faveur !


Les romanesques

Le décor représente un salon avec fauteuils, canapé, télé, une table, un meuble Bibliothèque ; au fond, une porte donnant sur l’extérieur. Une femme d’une quarantaine d’années est assise dans un fauteuil, un verre à la main. On entend la sonnette. La femme va tranquillement à la porte et l’ouvre. Un homme entre, âge mûr, chauve, une valise à la main.

– Monsieur ?
– Madame…Rassurez-vous, je n’ai rien à vendre.
– Ça ne me rassure pas.
– Je peux m’asseoir ? Je viens de loin.(Elle lui désigne un fauteuil, il s’assoit) Vous me reconnaissez ?
– Je devrais ?
– Peut-être. Je vous ai suivie aujourd’hui, hier, avant-hier.
– Détective privé ?
– Non. Enfin peut-être, je ne sais pas.
– Beaucoup de « peut-être »…
– Oui, beaucoup.
–Vous savez quand même pourquoi vous me suivez ?
–Vous venez tous les jours au parc, vous vous installez sur un banc et vous lisez. Vous êtes une grande lectrice, Madame.
– C’est une raison pour me suivre ?
– Pour moi, oui. Et je ne suis pas déçu. Vous avez une belle bibliothèque. Beaucoup de livres
– Antiquaire ? Vous achetez…
– Je n’achète rien, je cherche. Et la réponse est dans les livres.
– Vous cherchez quoi ?
– Qui je suis.
–Amnésique ?
– Si on veut.
– Et vous comptez sur moi ? Vous tombez mal, adressez vous à la police, aux journaux, à la télé. Je ne suis pas l’actualité. Je ne lis que de la fiction. Je ne fréquente que des personnages de roman.
– Justement, je suis un personnage de roman ! Mais j’ai oublié lequel.
– C’est la première fois que j’en rencontre un…en vrai. Vous commencez à m’intéresser.
Quand à vous reconnaître…Les auteurs sont souvent vagues dans les portraits. Parfois ils ne précisent même pas la couleur des cheveux. D’ailleurs, pour vous…Et j’ai beau chercher, des personnages chauves, à part Humpty-Dumpty dans « Alice »…
– Mais Madame…
– S’il vous plait, ne m’appelez pas Madame, vous n’avez pas une tête de majordome. Plutôt de personnage principal. Et je ne suis pas mariée. Trop romantique, jamais trouvé le prince charmant. Etes-vous le prince charmant ? Mon dieu un prince charmant chauve ? Moi c’est Lucie.
– Vous savez Lucie, je ne suis sans doute pas chauve. Je ne suis pas « fini ». Regardez : mes ongles sont à peine ébauchés. Dans mes vestiges de souvenirs, je vois une sorte d’ectoplasme qui s’évapore d’un livre et qui prend forme peu à peu. Bientôt, j’aurai des cheveux.
– Alors tout est possible ! Vous pouvez être Robinson, Jean Valjean, Dorian Gray ! Je suis sûre que vous n’êtes pas un « méchant » rien que votre regard….Enlevez donc cet affreux manteau que je vous voie un peu mieux !

(Il se lève et se débarrasse de son manteau tandis qu’elle le détaille des pieds à la tête)

– Oh ! Bel homme, grand, larges épaules, élégant, traits fins mais énergiques et quand même une ombre de rêve dans les yeux. Tout à fait mon genre…dans les romans. Vous savez ce qu’on va faire ? On va consulter mes livres. Avec les noms, la mémoire va peut être vous revenir.

( Il la suit jusqu’à la bibliothèque, elle sort les livres un à un, les feuillette )

– Julien Sorel ? Edmond Dantès ? Solal ? Frédéric Moreau? Charles Bovary ? Non, pas lui, vous êtes trop beau ! Philip Marlowe? Heathcliff ? Darcy ? Rochester ? Capitaine Nemo ?

(Soudain, l’homme se saisit d’un petit livre et le brandit)

– « L’inconnu de la lande » ! Voilà, c’est de là que je viens ! Je suis Jim Ransome !
– Jim Ransome ? Oh je l’ai tant aimé ! J’avais 16 ans, c’était mon premier roman sentimental. Oh Jim vous êtes revenu ! Comme j’en ai rêvé des baisers de Jim Ransome ! Embrassez-moi Jim !

(Il se penche et l’embrasse)

– Mieux que ça Jim !

(Il l’embrasse passionnément tandis que tombe le
RIDEAU)


Désaccord majeur

Le décor représente un salon avec fauteuils, canapé, télé, une table, un meuble Bibliothèque ; au fond, une porte donnant sur l’extérieur. Une femme d’une quarantaine d’années est assise dans un fauteuil, un verre à la main. On entend la sonnette. La femme va tranquillement à la porte et l’ouvre. Un homme entre, âge mûr, chauve, une valise à la main.

La femme reste un moment figée avant de réagir...

ELLE : Mais qui êtes-vous ? Comment osez-vous entrer chez moi ?

LUI, abasourdi : Comment ça, chez toi ?

ELLE : Et pourquoi me tutoyez-vous ? Je vous préviens, mon mari va rentrer d’un moment à l’autre ! J’étais persuadée que c’était lui, sinon jamais je ne vous aurais ouvert la porte !

LUI : Chérie, ce n’est pas très drôle. Pour tout dire, tu me fous la trouille, là. Tu peux arrêter, s’il te plaît ?

ELLE : « Chérie »… de quel droit m’appelez-vous ainsi ?

LUI, en criant : Ça suffit, je te dis ! Je suis crevé, j’ai besoin de calme !

ELLE : D’accord. Je vais appeler la police et vous dénoncer pour violation de domicile ! Et si mon mari arrive avant eux, vous le regretterez encore plus !

LUI, explosant : Ton mari m’adore, surtout quand je le regarde dans ma glace le matin ! Et va raconter à la police que j’ai fait une violation de domicile chez moi, ils t’enverront des types à blouse blanche qui t’enfermeront dans une chambre avec des murs capitonnés !

L’homme et la femme se défient du regard, figés dans une expression mêlant colère et peur.

ELLE : Vous prétendez être mon mari ?

LUI : Je le prétends depuis une bonne dizaine d’années, même si je n’en suis pas toujours très fier…

ELLE : Alors comment expliquez-vous que je ne vous connaisse pas ?

LUI : Non. Tu ne me reconnais pas, ou plus probablement tu fais semblant de ne pas me reconnaître, pour Dieu sait quelle raison. Nous ne nous sommes pourtant pas disputés avant le voyage, non ?

ELLE : Quel voyage ? Nous n’avons pas quitté Paris depuis cet été !

LUI : Toi non, mais moi je viens de passer trois jours à Londres… Tu ne te rappelles pas ?

ELLE : Mon mari ne partirait jamais sans moi !

LUI : Vraiment ? Pour un commercial dont la clientèle est internationale, ce serait original !

ELLE : Commercial ? Mon mari est médecin !

Il sursaute, fait mine de répliquer, puis renonce en hochant la tête.

ELLE : Je vais dans ma chambre et j’appelle la police. Si à mon retour vous êtes encore là, tant pis pour vous !

Elle quitte la pièce côté cour. L’homme semble tétanisé, toute l’incompréhension du monde peinte sur son visage. Il hésite, puis il reprend sa valise et sort par la porte du fond, la tête basse.

Quelques secondes après son départ, la femme réapparaît côté cour, inspecte prudemment le salon du regard, puis elle se dirige vers le fauteuil et se rassied. Elle reprend son verre.

On entend la sonnette. La femme va tranquillement à la porte et l’ouvre. Le même homme apparaît sur le seuil, mais il n’entre pas.

ELLE, en criant : Mon chéri ! Comme tu m’as manqué !

L’homme reste sur place, visiblement en état de choc.

ELLE : Allez, entre, voyons ! Ça s’est bien passé à Londres ?

LUI : Euh… Non, je reviens de Chicago… Mais… Pardon, Madame, je me suis trompé d’étage… Je ne vais pas vous déranger plus longtemps…

ELLE : Chéri… Qu’est-ce que tu racontes ? Pourquoi m’appelles-tu « Madame » ?

Il la dévisage d’un air ahuri, semble bredouiller quelque chose, puis s’enfuit.

ELLE, en hurlant depuis le seuil : Chéri ! Chériii ! Reviens, mon amour, je t’en supplie !

Elle reste immobile quelques instants, puis elle se retourne, remonte à l’avant-scène et demande au public :

ELLE : Mais qu’est-ce qu’il me voulait, ce type ?

RIDEAU

Pierre, Paul, Jacques et quelques autres

Le décor représente un salon avec fauteuils, canapé, télé, une table, un meuble Bibliothèque ; au fond, une porte donnant sur l’extérieur. Une femme d’une quarantaine d’années est assise dans un fauteuil, un verre à la main. On entend la sonnette. La femme va tranquillement à la porte et l’ouvre. Un homme entre, âge mûr, chauve, une valise à la main.

L’homme pose la valise et s’effondre sur le canapé.

Lui
Ouf ! Je suis épuisé. Je n’en peux plus. Mais je l’ai eu !
Elle
Jacques ?
Lui
Non, le train. J’ai cru que je n’y arriverais jamais. (un temps) Il était en retard.
Elle
Le train ?
Lui
Non, Jacques. Il avait vingt minutes de retard. (un temps) C’est pour ça que j’ai failli le louper.
Elle
Jacques ?
Lui
Non, le train. Enfin les deux, en fait. (un temps) Figure-toi que rester vingt minutes sur un toit avec un fusil longue distance à la main, ce n’est pas très discret. Je m’apprêtais à tout remballer quand il est arrivé.
Elle
Mais tu l’as eu, finalement ?
Lui
Jacques ?
Elle
Mais oui, qui d’autre !
Lui
Je l’ai eu. Pan ! Une balle en plein cœur. (fier) Trente ans dans la gendarmerie, quand même ! Il est tombé comme une pierre. (un temps) A propos, on en est où avec Pierre ?
Elle
Le dossier a été classé.
Lui
Excellent ! Tiens, je t’ai ramené les affaires de Jacques.
(il ouvre la valise. On voit une trousse de toilette, un costume, des caleçons…)
Elle
Oh la la, il y a plein de linge sale… Il va falloir que je lave tout ça, comme d’habitude… Les hommes sont bien tous les mêmes…
Lui
Ça, il faut dire qu’il n’était pas très rock-n-roll, ton mari !
Elle
Papa, s’il te plaît ! Ne recommence pas !
Lui
Il ne te méritait pas. Pas plus qu’aucun des précédents, d’ailleurs.
Elle
Je sais. Mais de toute façon, maintenant, il est mort.
Lui
Tu as raison. Paix à son âme. (un temps) Ça fait combien ?
Elle
Combien dont je vais hériter ?
Lui
Non, combien qu’on a tués…
Elle
Je n’en sais rien. Je ne compte pas ; si tu crois que je n’ai que ça à faire ! D’ailleurs, il faut que j’appelle Paul. (un temps) Tu as pensé à me ramener du pain, comme je te l’avais demandé ?
Lui
Ah non ! Zut, j’ai oublié.
Elle
Il va me manquer.
Lui
Le pain ?
Elle
Non, Jacques. (un temps) Tu sais qu’il te ressemble, des fois ?
Lui
Jacques ? Le pain ?
Elle
Non, Paul.
Lui
Un gentil garçon ce Paul… Mais il ne te mérite pas… (un temps) Tu veux que j’aille en chercher ?
Elle
Pardon ?
Lui
Du pain.
Elle
Non, ça ira, merci. A propos, moi j’ai essayé d’avoir Paul, mais je n’ai pas réussi. Je suis un peu fatiguée, je vais avoir plein de papiers à remplir pour mon veuvage… Tu veux bien t’occuper de lui, s’il te plaît ?
Lui
Bien sûr, ma chérie.
(il l’embrasse, puis il sort. Elle reste seule, finit tranquillement son verre. Puis elle commence à froncer les sourcils, comme si une idée lui venait progressivement à l’esprit)
Elle
Zut… J’ai oublié de lui préciser… J’espère qu’il n’a pas mal compris… J’ai essayé d’avoir Paul au téléphone, bien sûr !


La valise s’en va.

Le décor représente un salon avec fauteuils, canapé, télé, une table, un meuble Bibliothèque ; au fond, une porte donnant sur l’extérieur. Une femme d’une quarantaine d’années est assise dans un fauteuil, un verre à la main. On entend la sonnette. La femme va tranquillement à la porte et l’ouvre. Un homme entre, âge mûr, chauve, une valise à la main.

- Je te croyais dans ton bureau.
- Je suis sorti par la porte-fenêtre pour aller chercher la valise dans le garage.
- Ah…
- Oui.
- Elle est grosse, cette valise…
- C’est la plus grosse que j’ai trouvée. Ça conviendra parfaitement.
- Elle fait quoi cette valise ?
- Elle s’en va.
La femme a un petit sursaut, hésite un instant puis retourne s’asseoir.
- Elle s’en va ?
- Voilà : elle s’en va.
- C’est à cause de notre petite dispute ?
- J’aime l’adjectif "petite" ! Il me semble tout à fait approprié !
- Mais enfin, je ne pensais pas qu’on en arriverait là, pour un motif si ridicule !
- Eh bien, si ! Tu vois, il y a un moment où trop c’est trop. Et pour moi, là c’est trop !
- On peut en parler, au moins. Viens t’asseoir, prends un peu de temps. Ça ne peut pas se finir comme ça.
En disant cela, elle tapote le canapé à côté d’elle. Mais l’homme choisit le siège qui se trouve en face. La femme montre son verre.
- Tu veux boire quelque chose ?
- Non merci.
- Donc, c’est fini.
- Oui, je crois ça vaut mieux. Pour nous deux.
- Et elle s’en va où, la valise ?
- Je ne sais pas, je n’ai pas encore tout à fait réfléchi à la question. Mais tu sauras sans doute.
- Pardon ?
- Oui, la valise s’en va avec toi.
- Avec moi ? Mais tu ne peux pas faire ça. Je n’ai nulle part où aller, moi !
- Oh, je pense que du moment que tu sais la remplir, tu sauras où la vider.
- Je ne comprends pas…
- J’adore quand tu commences comme ça les discussions : "Elle fait quoi la valise ?" et que tu fais mine de ne plus comprendre quand on te suit ! C’est tellement typique.
- Typique ?
- Oui, typique de ton caractère. Au début, c’était amusant, cette excentricité et ce côté farfelu. Mais maintenant, j’en ai marre.
- Donc, la valise s’en va avec moi au bout.
- Voilà ! Tu recommences. Tu t’en vas et tu emportes la valise. Ça c’est le bon sens des mots.
- Comme ça ?
- Ecoute : tu as transformé cette maison en champ de bataille. Je ne m’y reconnais plus. On ne peut pas ouvrir un placard sans tomber sur une de tes bizarreries, une de tes trouvailles. Rien n’est plus à sa place. Les objets quotidiens sont perdus dans ton barda hétéroclite. Et moi, je dis stop !

La femme se penche légèrement vers l’avant.

- Ah… Ah ! La valise s’en va pleine !
- Evidemment !
- Et elle revient vide ?
- Oui.
- Et moi aussi… Enfin, moi aussi je reviens.
- Disons que tu enfourgues tout ton bazar dans la valise et que tu vas le rendre à tes nombreux copains brocanteurs et antiquaires. Si tu arrives à leur revendre, ce serait mieux d’ailleurs.
- Et après ?
- Après tu rentres et tu arrêtes de chiner ! Immédiatement !
- Ah… Tu as raison. Moi aussi, je me disais… Je vais remplir la valise tout de suite, mon chéri !
Elle se lève et sort. L’homme monologue.
- La sculpture de boites de conserve, la peinture en taille réelle de camions-citernes, le cartonnage surdimensionné, le montage-remontage d’horloges anciennes, le cassage-recollage de vaisselle et maintenant les uniformes de l’armée napoléonienne. Je deviens dingue !

A ce moment-là, on sonne à la porte. L’homme se lève et va ouvrir. Sur le palier, se tient un homme en salopette, tenant une casquette à la main.

- B’jour M’sieur ! C’est pour la livraison de plaques funéraires…


Ah l'amour !

Le décor représente un salon avec fauteuils, canapé, télé, une table, un meuble Bibliothèque ; au fond, une porte donnant sur l’extérieur. Une femme d’une quarantaine d’années est assise dans un fauteuil, un verre à la main. On entend la sonnette. La femme va tranquillement à la porte et l’ouvre. Un homme entre, âge mûr, chauve, une valise à la main.


La femme retourne s’asseoir, l’homme reste debout sans lâcher sa valise.

– Bonsoir.
– Salut. Vous vouliez voir Sylvia ?
– Oui. Heu…mais qui êtes-vous ?
– Elle n’est pas là. Elle ne rentrera pas avant une bonne heure. (la femme continue de siroter son verre, lascive, jambes croisées).
– Et où est-elle ?
– Elle est chez le coiffeur.
– A cette heure ?
– C’est un coiffeur non stop. Vous êtes trempé, il pleut dehors ?
– Plus maintenant mais…
– Cool !
– Et je peux savoir qui vous êtes ?
– Vous voulez un verre ?
– Non merci (l’homme commence à s’énerver)
– Je peux lui laisser un message ?
– NON !! Et…
– La valise s’est pourquoi ?
– Ça ne vous regarde pas ! Allez vous enfin me dire qui vous êtes et ce que vous faites ici ?
– Et vous vous êtes qui ?
– Je suis Robert son…
– Ex-mari je sais.
– Son mari ! on n’est pas encore divorcés que je sache !
– Exact ! Mais ça ne saurait tarder il me semble. (la femme le toise un sourire ironique aux lèvres) Remarquez je la comprends.
– Et ça veut dire quoi exactement ?
– Rien, laissez tomber. Vous êtes sûr que vous ne voulez rien boire ? Scotch, Gin, café ?
– NON je ne veux rien boire ! Je veux juste savoir qui vous êtes !!
– Je suis Cindy.
– Une amie de Sylvia ?
– Votre remplaçante…

Suite et fin


Le décor représente un salon avec fauteuils, canapé, télé, une table, un meuble Bibliothèque ; au fond, une porte donnant sur l’extérieur. Une femme d’une quarantaine d’années est assise dans un fauteuil, un verre à la main. On entend la sonnette. La femme va tranquillement à la porte et l’ouvre. Un homme entre, âge mûr, chauve, une valise à la main.
- Papa? Toi ici?
- Oui, petite Marie, c'est bien ton vieux père! Te voici étonnée hein!
- Etonnée, surprise, sous le choc… C'est comme tu voudras! Quant à cet écho caressant du doux prénom que tu me donnais dans mon enfance, c'est fou…
- Pleure si tu le veux, je sais que ça soulage parfois! Moi, je ne peux plus, depuis le temps, mes larmes ont eu tout loisir de s'épancher et même de tarir…
- Fais pas attention! Viens!
Marie fait demi-tour tout en s'essuyant les yeux, prend place dans un fauteuil, faisant signe à son père de s'installer en face d'elle.
- Tout ce silence, petite! Comme c'est long!
- Long est un doux euphémisme, papa! J'ai eu maintes fois l'occasion de regretter de vous avoir ainsi quittés sur un coup de sang et quelques douloureux malentendus. Mais que veux-tu! A cette époque, ma volonté sans faille, ma détermination farouche n'avaient pas encore eu l'occasion de s'émousser aux arêtes du temps et de la vie qui va… Tu m'avais blessée au-delà du raisonnable, j'étais butée, sûre d'avoir raison. Je me suis enferrée dans ma décision et me suis retrouvée prisonnière d'un ailleurs auquel j'aspirais pourtant de toutes mes forces, loin de vous, loin de mon village. Après, c'était trop tard! J'avais mal mais je ne pouvais revenir.
- Je sais, fillette, j'ai eu tort de prendre ainsi ta liaison avec ce fils de hobereau, ce … J'ai été dure avec toi, injuste aussi sans doute. En fait, je me suis comporté comme mon père l'avait fait avec moi en son temps, sans chercher à savoir si une telle attitude, une pareille inflexibilité, pouvaient nuire à celui ou celle qui les reçoivent de plein fouet… Et puis cette gifle! Comme je m'en suis voulu…D'autant que ton malheureux soupirant, quelques mois plus tard, perdait la vie en Algérie…
- Je l'ai appris! Par une lettre d'un de ses camarades qui avait trouvé mon adresse dans son portefeuille… Là aussi, j'ai pleuré et puis j'ai tenté d'oublier. Il est bien tard à présent pour avoir des regrets. Et puis tout ça c'est si loin!
- N'empêche! Toutes ces années parties en fumée, faute d'avoir su nous regarder dans les yeux. Ta pauvre mère est sans doute celle qui de nous tous a le plus souffert de ton absence… Et pourtant, vois-tu, elle n'a jamais songé un seul instant à me la reprocher. Elle était comme ça, tout amour et compréhension…
- Pourquoi tu dis "était"?
- Parce que si je suis là aujourd'hui, fillette, c'est que ta mère nous a quittés voici une semaine. Elle m'avait fait jurer avant d'en finir avec sa peine d'ici bas, de ne te prévenir qu'après les obsèques. Elle ne voulait à aucun prix tu comprends, que tu te crois obligée de rompre ta promesse et un silence de vingt-trois ans à cause d'elle. Ça aussi, c'était dans son caractère!
- Quand même, tu n'aurais pas dû! Pauvre maman comme elle a du m'en vouloir…
- Mais non! Tu sais aussi bien que moi que c'est un sentiment qu'elle ignorait. Souffrir oui! Haïr jamais! De toute façon, tu te feras une opinion par toi-même. Car tout ce qu'elle n'a pas pu te dire, elle te l'a écrit. Elle tenait une sorte de cahier dans lequel elle consignait ses pensées, ses doutes, ses regrets ainsi que ses menus faits et gestes. Ce cahier est là dans ma valise et désormais il t'appartient. Tu auras ainsi l'occasion de la retrouver à ta convenance…


Avant que ton corps ne m’use !

Le décor représente un salon avec fauteuils, canapé, télé, une table, un meuble Bibliothèque ; au fond, une porte donnant sur l’extérieur. Une femme d’une quarantaine d’années est assise dans un fauteuil, un verre à la main. On entend la sonnette. La femme va tranquillement à la porte et l’ouvre. Un homme entre, âge mûr, chauve, une valise à la main.
- Mais… Vous n’êtes pas Mamadou ?
- Pour sûr non, M’dame, Mamadou, il est reparti à Tombouctou !
- C’est fâcheux, j’ai pour habitude de traiter avec Mamadou !
- Madame, je suis parfaitement qualifié, autant que Mamadou. Voire même… Il arrive souvent qu’on me préfère à lui !
- Je veux bien vous croire, mais j’ai toujours été extrêmement satisfaite des services de Mamadou…

L’homme marque un temps, comme désarçonné par la réticence de la femme.
- Vous savez, j’ai quelques années de plus que Mamadou, et dans notre partie, l’expérience est un atout… La pratique, c’est comment vous dire ? euh… Comme vous pouvez le remarquer, je suis chauve et chacun sait que les chauves… Enfin vous me comprenez… C’est un signe de grande sagesse !

La femme sourit et songe mon homme est également chauve et on peut dire qu’il n’est pas adroit pour certaines choses.
- Vos tarifs sont-ils les mêmes que ceux de Mamadou ? Vous comprenez, il s’agit quand même d’une fantaisie et je n’aimerais pas me trouver entraînée dans des dépenses somptuaires inconsidérées. Vous savez, moi je suis mariée et mon époux n’apprécierait guère…
- Comme je vous comprends, Madame, j’ai moi-même une femme et cinq enfants !
- Et… vous pouvez faire ça en toute discrétion ?
- Madame, chez nous z’autres, la discrétion, c’est l’enfance de l’art. Je passe toujours par l’entrée de service, c’est vous dire !
- Si nous concluons, je vous confierai une clef pour le temps que durera notre petit arrangement… C’est comme cela que je procédais avec Mamadou !

L’homme hoche la tête d’un air entendu.
- Et…. Excusez-moi d’aborder aussi librement la question… mais au niveau hygiène et protections d’usage ?
- Madame, voyons, soyez rassurée, je sais prendre toutes les précautions qui s’imposent dans l’affaire qui nous intéresse.

La dame rougissante se fait précise
- j’ai toujours été très admirative de l’engin de Mamadou, si j’osais… enfin… j’aimerais bien voir le vôtre. Ça vous ennuierait de me montrer ?
- Mais pas du tout Madame, c’est parfaitement légitime, laissez moi seulement me mettre à l’aise et je vous montre tout ce que vous voulez !

- Nous allons passer dans la chambre, nous serons plus confortable…
- Ça ne me gène pas du tout de faire ça ici dit l’homme, en ôtant son imperméable.

- Oui, mais dans la chambre, nous pourrions mesurer à l’aise
- Nous avons tout le temps pour passer aux mesures, Madame, vous voulez voir mon matos, je vous montre mon matos !
- Mon Dieu ! dit la dame. Elle est encore plus grosse que celle de Mamadou !
- Je vous crois Madame, celle-là c’est la 368-80Z, je pourrais percer un diamètre maximal dans n’importe quel béton avec ça ! Mes mèches à pierre ont une pastille de carbure de tungstène de plusieurs millimètres d’épaisseur. J’ai même une scie cloche pour vous intégrer les interrupteurs électriques.
Et pour l’hygiène ne vous faites pas de souci, j’emploie des bâches à usage unique… Je vous rendrai votre chambre nickel, pas le moindre grain de poussière. Vous serez contente de votre nouvelle douche à l’italienne, le totem Thalassum que vous avez choisi c’est le must sur le marché et vous verrez, ouvrir cet accès entre votre chambre et la salle de bains c’est pratique. Vous ne regretterez pas !

La porte s’ouvre le mari rentre.
- Tiens, c’est le plombier !

Hors-concours (deuxième texte d'un participant) :

Veau de Ville

Le décor représente un salon avec fauteuils, canapé, télé, une table, un meuble Bibliothèque ; au fond, une porte donnant sur l’extérieur. Une femme d’une quarantaine d’années est assise dans un fauteuil, un verre à la main. On entend la sonnette. La femme va tranquillement à la porte et l’ouvre. Un homme entre, âge mûr, chauve, une valise à la main.

- Ah mon Dieu, je ne vous attendais pas aussi tôt… Vous n’avez pas été suivi au moins ?
- Mes respects, Madame la Baronne, j’ai aperçu la milice avant d’arriver en ville et je me suis jeté dans le fossé, on ne m’a point vu !
- J’en suis bien aise mon bon Léon - d’ailleurs qui ce soucierait d’un homme portant une valise remplie de fourrage... De nos jours ils cherchent les B.O.F. et pas seulement le beurre, les œufs, mais la viande aussi, ces monstres, ces affameurs du peuple !
- Je sais bien ce que je dois répondre au cas où… C’est pour confectionner une paillasse pour mon neveu, mais je préfère ne pas avoir à faire à ces gens ! Sortir tous les soir avec une palanquée d’foin ça pourrait sembler bizarre… Comme j’ai déjà donné cette excuse, on pourrait penser que je trafique les paillasses pour tout un pensionnat, alors je préfère passer à travers !

L’homme pose au sol son lourd chargement et reprend :
- D’ailleurs je dois dire à Madame la Baronne, que c’est pour ma Bourgeoise que ça m’embête, quand elle part le matin avec sa pouche d’herbe planquée sous ses jupes, je me dis qu’à cinquante ans finis, la faire passer pour une femme sur le point d’accoucher c’est un peu fort de café – surtout si ça doit se prolonger jusqu’en mai !

L’homme marque une pause, puis regardant étonné l’objet étrange qui se trouve sur la table du salon.
- Madame la Baronne, qu’est ce que notre Monsieur a encore inventé ? c’est quoi que cette caisse ?
- Ah mon bon Léon, c’est pas avec ça que nous retrouverons notre fortune quand la guerre sera finie, imaginez c’est comme un cinématographe et un téléphone combinés, qui permettraient de voir directement dans cette espèce de boîtier ce qu’on filmerait ailleurs. Aucun avenir je vous dis Léon !
- Si je peux me permettre, Madame La Baronne, Comment va la bestiole ?
- Elle est comme nous mon bon Léon, elle crève de faim, d’ailleurs je vais de ce pas lui porter votre foin !
- Ah non Madame la Baronne, laissez moi faire, j’m’y connais mieux en bestiaux que vous !

L’homme sort et reparaît quelques instants plus tard !
- Pour sûr qu’elle ne profite pas beaucoup, la pauvre bête, c’est pas une vie pour un veau de grandir planqué dans une salle de bains !
- C’est l’enfer pour tout le monde mon bon Léon, imaginez quand Monsieur se lave, je suis obligée de la tenir dans le couloir, je crains que les voisins finissent par se douter de quelque chose !

Elle lève les yeux au ciel en soupirant.
- Et je ne vous dirai rien mon bon Léon, des soucis que j’ai avec les défécations que cette maudite carne s’obstine à produire au lieu de faire du gras !
- M’est avis, Madame la Baronne, vous auriez mieux fait de vous en tenir aux lapins, ça fait pas de bruit au moins.
- Vous n’y pensez pas, Mon bon Léon, vous me voyez offrir « un lapin Marengo » pour la communion du petit ? Nous aurons l’Evêque et le Préfet à table –
Guerre ou pas on a son rang à tenir !
_________________
Avant le jour de sa mort, personne ne sait exactement son courage... Jean Anouilh
Back to top
Display posts from previous:   
Post new topic   This topic is locked: you cannot edit posts or make replies.    A vos plumes ! Forum Index -> Jeux de plumes -> Archives -> Jeu n°35 : Un jeu théâtral All times are GMT + 1 Hour
Page 1 of 1

 
Jump to:  

Portal | Index | Administration Panel | Free forum | Support forum | Forum directory | Legal notices | Report a violation
Powered by phpBB © 2001, 2005 phpBB Group