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La tour d'Ezra d'Arthur Koestler

 
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Guylou
Plume de Simurgh


Joined: 01 Jun 2007
Posts: 2,852

PostPosted: 08/05/2008 21:19:27    Post subject: La tour d'Ezra d'Arthur Koestler Reply with quote

"Si je dois être tué aujourd'hui, ce ne sera pas en tombant d'un camion"
C'est la première phrase ! Et rien que ça, je ne sais pas pourquoi, j'adore.
La tour d'Ezra, c'est un village communautaire créé par des colons juifs en Palestine (j'allais mettre Israël) en 1937. Le narrateur est un dénommé Joseph, l'un des pionniers de ce village. Il nous emmène avec lui à la Tour d'Ezra et en Palestine de 1937 à 1939. D'origine anglaise, il a découvert tard son appartenance à la communauté juive et pose donc un regard un peu distancié sur ceux qui l'entourent. En même temps, il s'interroge sur le fondement, les raisons d'être du peuple juif, sur le bien-fondé du Retour. C'est brillant, extrêmement intéressant et très bien écrit. Je vous livre mes "perles" :

"C'était très gai, et ça l'aurait été davantage avec une bouteille de fine ou de whisky. Je me demande quand nous serons libérés de ce puritanisme. Je me dis quelquefois qu'il faut absolument que je me saoule pour continuer à supporter nos vertus."

"Elle rôda à travers l'atelier et finit par s'appuyer à mon établi, tandis qu'à chaque instant l'air se saturait davantage du reproche silencieux de la femme blessée, mais fière qui garde ses souffrances pour elle seule... à moins, naturellement, que vous n'appuyiez sur le bouton qui ouvre l'écluse et déclenche la cataracte... Mais alors, c'est bien de votre faute si vous êtes noyé, n'est-ce pas ? D'autre part, si vous vous gardez d'appuyer sur le bouton, vous n'êtes qu'une sinistre brute, et le reproche silencieux s'intensifiera jusqu'à ce que vos nerfs vibrent comme une corde tendue.
- Joseph, dit Ellen
- Oui ?
- Qu'est-ce que tu as ?
- Moi ?
- Oui.
- Rien du tout.
- Vraiment ?
- Vraiment.
Dialogue entre deux personnes éclairées vivant dans une société communautaire... L'effort nécessaire pour ne pas appuyer sur le bouton et rester une brute commençait à me faire transpirer."

" On est toujours surpris, après un choc qui semble sur le moment, bouleverser le monde, de constater que la terre continue à tourner et notre estomac à digérer. C'est cette bienfaisance indifférence de la nature, attachée à notre routine, qui garantit notre équilibre. Mais comme nous faisons partie de la nature, son indifférence est aussi à l'oeuvre en nous-même.
Notre coeur n'a cessé de battre qu'un instant. Dès qu'il a recommencé son tic-tac régulier, nous avons déjà capitulé devant la loi universelle de l'indifférence, et sa confirmation totale n'est qu'une question de temps. A ce stade, notre souffrance change de couleur ; à la couleur primitive se substitue un sentiment secondaire de culpabilité. Car continuer à vivre est déjà une trahison, une rupture de notre solidarité avec la morte. C'est alors que la douleur transformée devient presque intolérable. Nous étions, jusqu'à ce moment, comme étourdis, flottant entre deux domaines ; maintenant la ligne de démarcation est tracée, et maintenant seulement nous nous rendons compte du caractère définitif de cette division et de la brutalité dont nous faisions preuve en l'acceptant. Notre retour à la vie établit une frontière et condamne la morte à un exil éternel.
Ensuite, vient le second changement. Nous ne souffrons plus avec la morte mais du vide qu'elle a laissé derrière elle. La personne a été remplacée par son moulage en creux. Il est imprimé sur tous les objets qui nous entourent et sur tout ce que nous faisons. Plus nous souffrons de l'agression de ces traces pétrifiées, plus nous nous sentons coupables. Des souvenirs vivants se fossilisent. Nous ne plaignons pas la morte : nous nous plaignons nous-même d'avoir perdu ce que nous partagions et qui nous a été arraché. (...)
Se soumettre à la vie tout en cherchant à conserver l'intégrité de sa douleur est une hypocrisie née du remord."

"Car les juifs ne sont pas un accident biologique, mais les représentants de la condition humaine portée à l'extrême, une portion de l'espèce écorchée vive. Exilés en Egypte, à Babylone, puis sur tout le globe, entourés d'étrangers hostiles, il s'était développé en eux des traits particuliers ; ils n'avaient eu ni le temps ni l'occasion de se cuirasser de cette sécurité spécieuse qui rend l'homme insensible à l'essence tragique de sa condition et lui permet d'oublier. Ils formaient la cible naturelle de tous les mécontents parce qu'ils étaient si exaspérément, si anormalement humains..."
_________________
Avant le jour de sa mort, personne ne sait exactement son courage... Jean Anouilh
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Khéops
Plume de Phoenix


Joined: 06 Jun 2007
Posts: 1,279

PostPosted: 08/05/2008 21:30:47    Post subject: La tour d'Ezra d'Arthur Koestler Reply with quote

Si le livre est à l'image des extraits, j'ai fortement envie de le lire !
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