Bonjour. Voilà un texte sans ligne directrice, écrit sur le vif, pas corrigé (désolé), et pas autobiographique. heureusement d'ailleurs.
L'égoïsme ne fait pas mal, pas à moi. Depuis deux ans la question du baccalauréat nous passe par la tête dans tous les sens, et je ne pense qu'à une chose : la chambre d'étudiant. Non, ce n'est pas vraiment l'idée d'une plus grande liberté qui m'attire. Mais je hais ma soeur. Je crois. Pas de méprise, je suis sûr que mes sentiments envers elle sont négatifs, ce dont je ne suis pas sûr, c'est de la manière dont ils s'expriment. Je sue, je me mords la langue, sa présence est une brûlure au fer chauffé à blanc. Il me la faut, la chambre.
J'ai été pendant deux ans reclus dans cette idée que seule importait la distance qui nous séparait, ma soeur et moi, si bien que je me retrouve sur la chaîne de montage, la fabrique à diplômés du bac, le tapis roulant m'entraîne vers la ligne mortelle, et je me dis : merde ! Et les autres ? Lorsqu'on est centré sur soi ou sur ses problèmes, on voit moins bien les autres. Juste mes camarades de classe. Comme eux, ça fait sept ans que je fréquente le même établissement. Je ne me suis jamais vraiment entendu avec mes "collègues", et pourtant je réalise que dans 16 jours, je ne les reverrai plus. D'un coup ça me fait mal, comme si j'avais avalé d'une traite un flacon de poison étiqueté « mélancolie ». Merde, je ne vais plus les voir. C'est la fin du lycée.
Être égoïste, c'est dur pour les autres. Être égoïste, puis se rendre compte qu'il y a de gens que l'on affectionne, c'est dur pour soi.
J'en parle à mon entourage, et ma soeur, Dieu qu'elle est intelligente, répond en minaudant et se triturant les cheveux :
- T'inquiète pas, moi je pourrai toujours venir te voir.
T'es la dernière personne que j'ai envie de voir. Elle le sait, elle le fait exprès. Depuis le temps, je ne lui cache plus que le simple fait qu'elle se tienne debout à côté de moi réussit à me rendre irascible.
- Je préfèrerais encore me coller une balle dans la tête ! Voilà ce que je lui réponds.
L'art de la réplique qui fait mal. Sur ce point, elle sait que je suis à moitié sérieux. J'ai rien d'un cas suicidaire, mais ma soeur est bel et bien la première personne que je ne veux pas voir, quand bien même je me sentirais isolé au point d'aller taper la causette avec une femme de ménage... je ne veux pas sentir sa présence, sa voix foutue voix, ses positions de bras en danse classique...
- C'est con et méchant ce que tu dis ! Intervient mon père en vociférant. T'a que ça a dire ? Tu n'as que des conneries à dire ! Tu crois que c'est gentil ?
Non, je sais que ça ne l'est pas. Je sens même un regret ponctuel et violent qui se répand dans mon coeur. Mais merde ! Et après ! Non ce n'est pas gentil, vu nos relations frère-soeur, mes propos sont mêmes odieux ! Et après, si je suis odieux, intolérant ou imbuvable, non de Dieu, la gentillesse est-elle la norme ? Voilà les vraies conneries ! Dieu a eu raison de me faire timide et distant des autres. Je suis violent, peut-être à demi raciste, et le soir, quand personne ne traîne hors de sa chambre, je me cloue devant le miroir de la salle de bain, verrouille la salle d'eau, me débarrasse de mon tee-shirt, et.
Je lève le bras droit en criant dans ma tête « Sieg Ein ! ». Mon bras tendu, comme un adorateur de Hitler. Je ne suis pas Hitler. Suis-je raciste? J'en sais rien. La croix gammée est stylée, je ne parle pas d'homosexuels mais de pédés, mon père me reprend. Je formate mon comportement, je censure mes manières. Êtes-vous sûr de l'aimer, le « moi » qui se révèle, celui qui n'est pas timide ? Vous l'auriez apprécié, l'enfant qui regardait les autres dans la cours de récréation ? Bordel, il les lorgne, les regarde jouer au foot, et tape sa main gauche avec son poing droit. Oh oui, il veut leur casser la gueule : c'est cette version de moi que vous voulez ? Bien sûr que non, la nature est si bien faite. Dieu m'a fait naître maigre, et comme nourrisson non plus je n'étais pas un gros mangeur. J'étais destiné à être rachitique, pour compenser ma violence. Voici un scoop pour vous : les timides n'ont pas forcément bon fond. Celui que vous ne verrez jamais, parce que chacun doit aux autres son contrôle, c'est ce sac d'os torse nu qui contracte ses pectoraux, salut hitlérien en bras et en bouche. Je crie « Sieg Ein ». Tout ça fait mal.
Quand vous me reverrez demain, en classe, je serai un mec tout comme vous, un futur titulaire du baccalauréat qui pense avec amertume à tous les amis du lycée qu'il ne côtoiera plus. Quand vous me reverrez demain, je ne serai plus que l'équivalent humain d'un film pornographique diffusé sur Arte.
Putain de merde : elle est belle, la beauté intérieur.