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Les textes

 
Post new topic   This topic is locked: you cannot edit posts or make replies.    A vos plumes ! Forum Index -> Jeux de plumes -> Archives -> Jeu n°43 : un aliéné en cavale
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Guylou
Plume de Simurgh


Joined: 01 Jun 2007
Posts: 2,852

PostPosted: 14/07/2008 08:47:53    Post subject: Les textes Reply with quote

Il y a un chat chez moi

Un personnage des plus étranges a récemment disparu d'un asile d'aliénés privé près de Providence, la police pense qu’il s’est ensuite noyé dans la baie.
Il s’appelait Abrahams Wilde. Quiconque ayant déjà parlé avec lui se rangera à mon avis pour le qualifier d’étrange. Fou, il l’était, mais il y avait quelque chose de plus en lui, quelque chose qu’on ne retrouve pas chez les autres aliénés.
Je l’ai rencontré pour la première fois à la ferme du vieux McGonal. J’avais prêté de l’argent au fermier afin de lui permettre de racheter une parcelle des terres de Wilde et pour fêter ça, il nous avait tout deux invité chez lui.
Immédiatement je fus frappé par les manières d’Abraham. Jeune, distingué et plutôt bien habillé, il n’avait rien de ces propriétaires terriens du Rhodes Island. Ses mains étaient fines, ses yeux bleu clair, son teint pâle, on aurait dit un de ces aristocrates puritains de l’Angleterre. Mais c’est son discours qui acheva de me surprendre.
Il parlait d’une voix tout à fait calme de ses travaux sur la métempsycose. Ses propos me bouleversaient. Sa pensée suivait une logique implacable, son apparence cultivée de gentleman Londonien donnant une force irrésistible à ses mots. Mais tout aussi convaincant qu’il parût, ses paroles –et ses actes– furent suffisamment choquants pour provoquer son internement.
Il croyait dur comme fer en la réincarnation. Les âmes s’envolaient à la mort du corps vers un autre réceptacle, humain, animaux, ou même des plantes. Du coup il considérait comme un crime la moindre atteinte à tout corps biologique. Ecraser une fourmi était pour lui un meurtre. Les expériences de l’âme pouvaient être différentes, les interrompre n’en consistait pas moins un forfait gravissime.
Il avait calculé que son prochain corps serait celui d’un félin. Aussi leur prêtait-il une attention toute particulière. Mais il accordait aussi beaucoup d’importance aux autres formes de vies. Il pouvait mettre une heure pour parcourir quelques mètres, progressant accroupi afin de ne pas écraser d’insecte. Il refusait de marcher dans l’herbe et excluait l’usage de chevaux pour cultiver ses terres, d’où leur état de friches et les fréquentes ventes de terrain pour palier aux déficits.
A ma demande son cas fut étudié et il fut interné dans l’asile de Providence. Pour sa défense, sa réaction fut tout d’abord très rationnelle. Il tenta premièrement de démontrer qu’il était en possession de tout ses moyens. Mais il entra dans une colère froide lorsque l’un des infirmiers écrasa la queue d’un chat. Je regrette d’avoir été présent lors de son arrestation. Il comprit que j’en étais l’instigateur mais pas que cela était pour son bien. Son regard... Mon dieu, il y avait concentré toute la haine qu’il était capable de ressentir.
Cela me suivra toute ma vie car je ne suis plus si sûr à présent de sa folie. Depuis que j’ai commencé ce récit, j’entends miauler tout contre ma porte.
Cela pourrait paraître anodin si ces miaulements ne s’étaient pas multipliés tout au long de la rédaction. Cela aurait pu paraître insignifiant si des chats n’avaient pas réussi à s’infiltrer chez moi. Cela aurait pu paraître un hasard si le gros chat qui me fixe maintenant n’avait pas eu un pelage clair, et des yeux si bleus.


Pacte et pactole

Un personnage des plus étranges a récemment disparu d'un asile d'aliénés privé près de Providence.
Il ne s’était pas foulé, le pisse-copie qui commençait ainsi son entrefilet tout en bas de la page 3 du canard local. Des personnages étranges, il n’y a que ça à l’asile, n’est-ce pas ? Surtout l’Asile «La Providence ». Oui, c’est son nom ; pourquoi chercher plus loin quand on a aussi bien sous la main ? Et c’est vrai que c’est une bénédiction cet établissement, pour qui veut retirer de la circulation un individu tant soit peu gênant. D’autant que tout le monde vous le dira, les psychos, les paranos, les schizos, les givrés, les cinglés, bref les dingues, ça prolifère à Providence. Providence, ses pittoresques demeures de style colonial, ses prestigieux vestiges du passé, sa campagne enchanteresse. Mais derrière cette apparence charmeuse, la pourriture, les remugles méphitiques, l’odeur de la mort, et pire, la présence sournoise des entités impies qui hantent cette terre depuis la nuit des temps.
A 43 ans, j’étais un homme heureux, chérissant sa femme et ses deux enfants, et patron d’une entreprise qui me valait une richesse enviable. Et voilà que ma femme est morte, puis mon fils, puis par ma fille. Tous trois dans des conditions étranges. Alors je me suis souvenu de la statuette exhumée des années auparavant par mes ouvriers lors de travaux sur le site d’un très ancien cimetière. Une figurine minuscule mais dont émanait une indicible horreur. A l’époque, à peine troublé un instant, je l’avais reléguée dans les ténèbres d’un tiroir. En la ressortant, je me suis senti happé par ce monde invisible en filigrane derrière les apparences rassurantes du notre. J’ai laissé tomber mon entreprise et je me suis lancé dans des recherches occultes, n’hésitant pas à payer très cher pour consulter des grimoires innommables.
Tout cela contrariait beaucoup Nan et Ted, mes neveux. Deux bons à rien pour qui mon malheur ouvrait la perspective d’un héritage mirobolant. Inquiets de voir mon capital fondre comme neige au soleil, ils m’ont fait interner, «pour mon bien» évidemment. Et voilà comment je me suis retrouvé entravé par une camisole, entre les murs lépreux d’une cellule puante. J’enrageais et pourtant cette situation m’a rendu service. A force de concentration, j’ai réussi à communiquer mentalement avec la statuette. Elle connaît mon désir frénétique de me venger de mes salopards de neveux, quel qu’en soit le prix. J’ai passé un pacte avec elle. Dans l’au-delà, elle disposera de mon âme mais en échange…
Hé bien, déjà, j’ai réussi à m’évader. C’est tout, dîtes-vous ? Mais non, et pour le reste, mon programme est tout tracé. D’abord, me faire déclarer sain d’esprit par les autorités médicales. Ça ne devrait pas poser de problème ; après tout, je n’ai jamais été fou. Ensuite rendre visite à mes neveux pour leur exprimer avec le plus de naturel possible ma gratitude de m’avoir fait soigner. Et les emmener illico chez un homme de loi pour rédiger en bonne et due forme un testament en leur faveur. Vu ma fortune encore considérable et mon délabrement physique, ils vont jubiler. Bien moins que moi toutefois car ils ignorent mon pacte avec la créature et sa clause principale : m’assurer jusqu’au Jugement dernier, le privilège de…l’immortalité.


Envoûté !

"Un personnage des plus étranges a récemment disparu d'un asile d'aliénés privé près de Providence."
Je tombais en arrêt devant ce titre d’un entrefilet du New England Tribune en ce lundi 13 juillet 1950.
Nul doute qu il s’agissait d’Erich Zann !
Grand amateur de musique slave j’avais fait la connaissance de cet artiste virtuose quelques mois auparavant, lors de sa tournée sur la côte Est des Etats Unis. J’étais fasciné par son interprétation de la partition du « Troisième homme » d’Anton Karas. Je ne manquais aucune de ses représentations. Sa musique me transportait loin de la salle de concert et je n’arrivais pas à m’expliquer cet envoûtement. Chaque soir, je m’installais au premier rang. Le Maître ne pouvait manquer de me remarquer. J’avais l’impression qu’il ne jouait que pour moi. Dès les premières notes je me sentais transporté dans les égouts de Vienne, j’avançais à grand peine, sans savoir où j’allais. Zann était à mes côtés, aussi terrorisé que moi. Nous avancions péniblement, les pieds dans l’eau nauséabonde, arrêtés de temps à autre par une horde de rats qui détalaient, aussi apeurés que nous. Je ne me posais aucune question, mon esprit était totalement vidé de tout raisonnement, j’avançais c’était tout. Ce furent les applaudissements des spectateurs qui me sortirent de ma torpeur. J’étais couvert de sueur. Il en était de même pour le Maître, dont les yeux me fixaient. Qu’attendait-il de moi ? Où voulait-il m’emmener ?
Ce ne fut que le jour de la dernière représentation que ce que j’appelle aujourd’hui mes hallucinations, franchit un nouveau pas. Toujours ces immondes et interminables égouts, mais cette fois une lueur se dessinait au bout. Instinctivement, j’accélérai le pas, contrairement à Zann qui cherchait à me freiner. Il fallait que je sache. Plus on avançait, plus il fallait que je tire mon compagnon qui tremblait de frayeur de la tête aux pieds. Nous arrivâmes dans une espèce de grotte éclairée par des flambeaux. Cette soudaine lumière me fit cligner des yeux. Zann se cachait derrière moi. Je le sentais trembler de plus en plus. Il s’agrippait à moi et rendait ma marche difficile. Au fond de la grotte, j’aperçus, assis dans un fauteuil rouge, un être extraordinaire, à deux têtes. L’une ressemblait à une tête de boeuf surmontée d’un disque solaire et coiffée d’une longue chevelure noire, l’autre au dieu Apollon, dont les yeux étaient remplacés par des pierres qui brillaient d’un tel éclat qu’il était impossible d’en soutenir le regard.
Les cris des spectateurs me ramenèrent à la réalité. Zann gisait inanimé sur la scène. Le rideau tomba et la Sécurité fit évacuer la salle. Le lendemain je pus lire dans la Presse que Zann avait été hospitalisé à la suite d’un malaise, que ses jours n’étaient pas en danger mais qu’il était frappé d’amnésie. Ce que les journaux ne révélèrent pas et que je découvris en lui rendant visite, c’est qu’il avait également perdu la vue. Les médecins sans expliquer cette cécité, parlaient de surmenage et doutaient fort qu’il retrouve la raison.
Un jour en arrivant à l’Hôpital je trouvais le lit vide. On m’expliqua qu’un riche parent s’était manifesté par téléphone et avait demandé son placement dans un établissement privé de Providence. Personne, pourtant, ne lui connaissait de famille…


Histoire loufoque

« Un personnage des plus étranges a récemment disparu d'un asile d'aliénés privé près de Providence. »

J’éclate de rire en apercevant les deux lignes à la Une du Providence News !

Au poste de police, tout le personnel est sur le pied de guerre, prêt à recueillir les nombreux témoignages de citoyens qui auraient pu apercevoir l’individu dont l’étrange maladie consiste, d’après le Dr House, médecin chef de l’asile, à se travestir dans les tenues les plus abracadabrantes. Aucun traitement ne donnant d’effets entièrement satisfaisants, la clinique avec l’aide de sa famille s’arrange pour lui procurer ce dont il a besoin pour faire preuve d’une relative stabilité émotionnelle. Privé des accessoires indispensables à l’exercice de sa manie obsessionnelle, il devient violent et dangereux. Il se serait enfui déguisé en Simpson ! (dixit House)
Plusieurs équipes ont déjà sillonné la ville sans trouver trace d’un Homer. Curieusement, aucun vol de vêtements n’a été signalé, aucun fric frac dans les boutiques de farces et attrapes et déguisements divers.

Je me marre…

Le 10 juillet vers 10h, Anna Smith, tout émoustillée, téléphone au sergent Fink qu’elle a rencontré Davy Crocket sur les marches de la mairie. Une heure plus tard, c’est Bobby Trend qui est tombé nez à nez avec l’invincible Hulk dans Rainbow Street : « Et j’avais pas bu une goutte de whisky, commissaire, juré ! »
Et ça n’arrête plus.
12h : le général Custer en grand uniforme fait une halte devant un Mac Do.
13h : Superman survole le jardin public et fait une pause sur un banc à l’ombre.
14 H : c’est Marilyn Monroe en robe blanche qui chante « Happy birthday Mr President » dans le kiosque à musique.
16h : Mr Spock, toutes oreilles à l’air entre dans l’église.

Évidemment chaque fois que la voiture de police arrive à l’endroit indiqué, le curieux personnage s’est fait la malle !

Je jubile !

Un vent de panique souffle sur la ville. On dépose des sacs de vieux vêtements devant les portes, dans les jardins pour parer aux éventuels accès de violence du fugitif. On ne reconnaît plus son voisin qui a changé de costume, sa voisine blonde qui s’est fait faire une teinture, on se méfie de l’agent de la circulation, de l’homme sandwich, d’un militaire en uniforme !
L’équipe du commissaire Brown est prête à baisser les bras : « Que le dingue pique sa crise et estourbisse un pèlerin, là au moins, on aura du concret, on lui mettra la main dessus ! »

Moi, je continue à me bidonner !

21h : une légère décharge électrique dans mon épaule me donne le signal du retour. En jean et blouse blanche, je rejoins mon home au pas de course.

« — Tout baigne, Dr House !
Bouton rouge changement de look : OK
Bouton vert invisibilité : OK
Bouton bleu déplacement ultra rapide : OK
Bouton blanc, retour à la normale : OK
— Cher Dr Linley, avant de fêter la réussite de cette expérience mémorable, prévenons la police que notre malade est rentré au bercail. Génial cet asile, comme couverture, n’est-ce pas ? Au fait, dear associé, il m’est venu une nouvelle idée…



Jamais peur

« Un personnage des plus étranges a récemment disparu d'un asile d'aliénés privé près de Providence. L’homme, âgé d’une trentaine d’années, n’est pas dangereux. Il possède la particularité de changer de personnalité, avec une nette préférence pour Bob l’éponge. Il lui arrive aussi de se prendre pour un mouton Suffolk…
Toute information à son sujet sera bienvenue.
Joindre le poste de Police de Providence. Demander le Shérif Wallace ou son adjoint Sam Grommit. »

Je buvais un café au Sunlight lorsque j’avais remarqué l’encart en page trois du « Providence News ». Je n’avais pas été plus surpris que ça. Ce genre d’annonce revenait souvent dans la presse locale depuis que, dans les années 70, un pasteur du coin, traumatisé par le film de Forman, s’était mis en tête de créer un asile modèle. La ville était restée un vrai nid de coucous, bien que le pasteur se soit tiré depuis des lustres avec la caisse. Et pour tout dire, moi qui avais pas mal bourlingué, des types qui se prenaient pour des moutons, j’en avais croisé des tas.
Moulée dans un uniforme rose, Sue placarda son décolleté dans mon champ de vision avant de me resservir un café. Une vrai Marylin, sans la perruque peroxydée mais avec un cul à damner un puritain... Dehors, la rue s’agitait sous les néons. Les gens sortaient du boulot et des files de bagnoles prenaient le chemin des banlieues ordonnées qui ceinturaient la ville. Ailleurs, le chahut braillant de la nuit allait reprendre ses droits.
Je songeais au type en cavale… A sa place, j’aurais filé plus à l’ouest dans une de ses villes où il est possible de se perdre jusqu’à ne plus exister. Un type sapé en Bob l’éponge, à Hollywood ou à Las Vegas, ça doit courir les rues. Moins sûr pour le mouton Suffolk….

Sue passa en chaloupant devant ma table. A mon avis, elle n’avait pas dû souvent en voir des types comme moi dans le coin. Il était temps que je mette les voiles. Je n’avais pas envie de rentrer et je décidai de déambuler au hasard des rues. Je laissai le journal et un bon pourboire pour la poitrine de Sue.
Je me demandai ce que le gars de l’asile pouvait fabriquer à cette heure. Quel était son but ? Retrouver son pâturage ? Retourner aux pays des dessins animés ? Bizarre ce changement de personnalité… A sa place, j’aurais choisi quelque chose de plus viril, genre Tarzan ou le Roi Lion. Quoique, j’étais pas mal dans mon style…
Soudain, la nécessité de m’échapper d’ici s’imposa à moi. J’avais besoin de marcher au bord de la rivière, de sentir le parfum de terre et de sable que charriait le courant. J’avais envie de m’aérer, de retrouver un peu de ce monde sauvage que la ville avait mis à l’index. Peut-être, même, serait-il possible de dégoter une embarcation, histoire de pagayer un peu ? Je commençais à comprendre le coucou en cavale.
Ces derniers temps, j’avais délaissé la rivière pour traîner en ville. Un comportement indigne pour un homme tel que moi. La poitrine de Sue n’avait pas la même saveur qu’une bonne vieille aventure. Regonflé par l’air du soir, je rajustai ma toque et vérifiai mes munitions avant de longer la rivière. Je pensai une dernière fois au pauvre type de l’asile et à son tempérament de gamin. J’avais plus de chance que lui : moi, j’étais Davy Crocket, l’homme qui n’a jamais peur.


Aliénation d'Etat.


« Un personnage des plus étranges a récemment disparu d'un asile d'aliénés privé près de Providence. De plus amples informations seront bientôt mises à disposition de la population pour qu’elle puisse œuvrer dans le même sens que les autorités, afin de retrouver cet individu.»
-Ërnei, tu as entendu ?
- Naturellement, Aléä.
-Encore un des ces fous dans la nature. Déjà le 5ème depuis le début de la décade. Je n’en peux plus, je te le dis, moi.
-Ces asiles privés sont gardés par de vrais incapables. De l’argent en l’air. Encore heureux que l’Etat ne décide pas de créer des asiles publics! Il ne manquerait plus que d’avoir à payer pour de telles sottises. Qu’on les hydrolyse ou qu’on les irradie, je ne sais pas moi ! C’est comme toute chose, il ne sert à rien de garder quelque chose d’inutile et de potentiellement dangereux.
-Tout à fait d’accord avec toi, Ërnei. Je me demande vraiment pourquoi des gens payent pour qu’on garde en vie de telles tares.
-Va savoir. Après tout, on dit bien que ces asiles ne sont pas de vrais asiles comme au sens ancien, mais que ce sont plutôt de tous nouveaux centres de recherche sur la psychanalyse comportementale, visant à améliorer la base de données Öligëa. A propos des robots humanoïdes 6ème génération, tu sais.
-Mh, je comprends mieux à présent. Voilà qui a de l’intérêt. Les RH6 sont encore un peu instables, je trouve.
-Un peu beaucoup, même, Aléä. Tu as bien entendu ce qu’ils ont provoqué comme dégâts lors de la bataille sur Plünio, la dernière fois, contre les robots anthropomorphiques ennemis.
-Se sont retournés contre leur propre commandement, certes.
-Une catastrophe.

Silence.

-Ërnei, Ërnei, je crois qu’ils vont parler de notre fou d’il y a 15 jours.
-J’arrive, j’arrive, Alëa.
Ërnei s’arrêta au côté d’Alëa.
« … A propos de l’individu évadé il y a 15 jours d’un asile privé, près de Providence. L’étrange personnage n’a pas encore été retrouvé par la Polis. De fait, nous demandons à la population de collaborer avec les Agents, dans le but de retrouver et de ré-interner l’individu. »
-Il doit être important, tout de même, pour qu’on ne nous demande pas de l’abattre, chuchota Aléä à l’intention de son mari. Celui-ci hocha silencieusement du chef.
« Mesurant 1m79, pesant 67kg, il se dénomme Ryaën. Il a le crâne rasé et les yeux bleus... »
-Tu crois que ce serait VRAIMENT grave si je lui assénais un coup de fusionneur ?
-Ha, Aléä, je crois que le Gouvernement ne serait pas des plus heureux ! s’esclaffa Ërnei.
« … n’est pas un danger immédiat pour la population, mais il est d’une importance vitale que ce personnage soit replacé le plus rapidement possible dans sa cellule. En effet, il s’agit de l’individu qui a été interné après avoir été suspecté d’avoir fait preuve de compassion dans l’affaire Dräyne et… »
-Compassion ?

Silence.

Compassion. Un mot étranger à un peuple de tueurs, fabriqués en série par l’Industria, sous la tutelle de l’Intelligentsia, après annihilation de la race humaine, il y a quatre siècles de cela.


Palimpseste

« Un personnage des plus étranges a récemment disparu d'un asile
d'aliénés privé près de Providence. » Quand ils avaient appris la nouvelle, les journaux et gazettes des environs avaient fait leurs choux gras de cette surprenante disparition. Il faut dire qu’en ce chaud mois de juillet, les journalistes n’avaient que très peu de choses à se mettre sous la dent, et une disparition énigmatique dans l’asile le plus réputé de la côte Est tenait presque du miracle.
Le simple fait qu’une personne ait pu disparaître était toutefois assez extraordinaire en lui-même pour être mentionné. Cet asile était en effet réputé jusqu’en Californie pour sa fermeté et son excellence en matière de sûreté.
Le lendemain de sa disparition, l’asile avait été fouillé de fond en comble, et, bredouilles, les médecins et employés de l’asile n’avaient eu d’autre choix que d’avertir les autorités civiles qui avaient à leur tour réagi en publiant rapidement un avis de recherche avec à la clé une généreuse récompense pour qui fournirait des informations utiles à la capture de l’individu.
Sur l’affiche qui avait été placardée un peu partout en ville comme à la campagne, l’individu recherché était décrit comme : « blanc, de taille moyenne, brun aux yeux noirs, portant lunettes et barbe fournie », puis sous des termes autrement plus alarmants tels que : « Sous des airs courtois et affables, cet individu est extrêmement dangereux et doit être remis à la police. » Dans un premier temps, le fait que l’individu ne soit jamais mentionné par ses noms et prénoms m’avait semblé étrange, avant que l’on m’explique que l’homme était connu pour changer d’identité comme de camisole de force, trait d’esprit qui avait provoqué l’hilarité de mes interlocuteurs.
A Providence, une sorte de fascination teintée d’effroi avait pris contrôle des bars et des rues. A toute heure du jour et de la nuit, des diligences arrivaient et quittaient la ville et des groupes de policiers patrouillaient jusque dans les quartiers les plus mal famés. De manière générale, les gens n’avaient plus d’autre sujet de conversation que cette disparition. Je n’arrivais pas à savoir si j’avais choisi le meilleur ou le pire des moments pour m’installer en ville. Après avoir vécu de nombreuses années à la campagne, j’avais décidé sur un coup de tête de rejoindre Providence pour me frotter à l’agitation propre aux grandes villes.
Le lendemain de mon arrivée, un homme avait cru reconnaître en moi le fou tant recherché, mais après une brève discussion, mes arguments avaient tranché et je l’avais convaincu de son erreur. Suite à cette conversation, j’avais néanmoins jugé judicieux de raser ma barbe et de changer quelque peu mon apparence pour que de tels désagréments ne se produisent pas de nouveau. Il me fallait être prudent. Pour je ne sais quelle obscure raison je ressemblais à m’y méprendre à l’individu en fuite. Une nouvelle vie me tendait les bras. Je ne pouvais décemment pas refuser son étreinte.


Psychose


« Un personnage des plus étranges a récemment disparu d'un asile d'aliénés privé près de Providence. Attention : l’homme est extrêmement dangereux. Vous trouverez sa photo sur le site Police.gov. Si vous l’apercevez, appelez immédiatement le 911 ! »

Rachel hocha la tête derrière son volant : c’était sympa comme info, parfait pour se détendre après une journée de travail particulièrement chargée ! Et avec sa chance habituelle, il s’agirait bien de l’asile situé à moins d’un mile de chez elle… Elle consulterait le site de la police dès son retour chez elle.

Il fulminait : ce vieil abruti roulait comme un escargot… Tout risquait de tomber à l’eau à cause de lui ! Il respira à fond, luttant contre la tentation de l’étrangler. Mais il réussit à se dominer : il avait besoin de ce type. Et surtout, ce n’était pas le moment de se faire repérer.

En apercevant son pavillon depuis sa voiture, Rachel se sentit déjà mieux. A peine arrivée, un bon bain ! décida-t-elle.

Il arriva enfin en vue de la maison. Trop tard, comme prévu : elle sortait de sa voiture qu’elle venait de garer. Quand elle fut rentrée chez elle, il demanda à son chauffeur improvisé de le déposer devant un pavillon situé à une cinquantaine de mètres, et attendit qu’il ait disparu pour se diriger vers la maison.

Suivant son impulsion, à peine entrée elle se rendit directement à la salle de bains, au premier étage.

Il pénétra doucement dans la maison, le cœur battant. Le bruit de l’eau coulant au premier étage le rassura aussitôt : elle allait prendre un bain. C’était le cas de figure idéal. Il traversa le hall et entra dans le salon, où ses complices l’attendaient déjà.

Rachel descendit l’escalier en jogging et pantoufles, le cœur léger, débarrassée des tensions de la journée. Puis elle se dirigea vers le salon, avec la ferme intention de se blottir dans le canapé pour le reste de la soirée.

En franchissant le seuil, elle réalisa soudain que la pièce était plongée dans la pénombre, tous volets fermés. Son cœur accéléra brusquement, d’autant qu’elle prit conscience presque simultanément qu’elle n’était pas seule dans cette pièce. Elle s’apprêtait à rebrousser chemin quand la lumière s’alluma. Ils surgirent tous en même temps, en hurlant :

— Bon anniversaaiiire, Racheeel !!!!!
— AAAAHH !

Alors que Rachel tentait de lutter contre le malaise vagal, Tom, son mari, la prit dans ses bras.

— Eh, ma chérie, du calme ! On voulait te surprendre, pas te rendre cardiaque !
— Mais c… comment… ?
— Trente ans, ça se fête, quand même ! Après tous mes efforts pour réunir discrètement la famille et les amis, j’ai eu droit au problème imprévu, qui a failli tout gâcher : à la sortie du boulot, ma voiture a refusé de démarrer ! J’ai dû faire du stop pour rentrer, et pour tout arranger j’ai été pris par un vieux qui roulait comme un escargot, du coup je suis arrivé après toi ! Heureusement que ton frère a un double des clés, il a pu faire entrer tout le monde, sinon la surprise était à l’eau… Allez, chérie, fais-moi un sourire ! Dis quelque chose !

Rassemblant ses dernières forces, Rachel réussit à articuler un « argh » assez convaincant avant de tourner de l’œil.


Explosif

«Un personnage des plus étranges a récemment disparu d'un asile d'aliénés privé près de Providence.
-Hein?
-Mais oui, tu sais, l'hôpital psychiatrique juste à coté! Ca fait déjà deux semaines à ce qu'il parait!
-Et il ne l'ont pas encore retrouvé? Laisser une telle personne se balader dans les rues… Je n'arrive pas à y croire!
-Si si, c'est vrai! Il parait que c'est une fille de notre âge qui a réussi à passer à travers la surveillance en pleine journée!
-Arrête, je suis sure que t'essayes de me faire marcher!
-Non! Elle a lancé des marshmallows sur les infirmières pour les étourdir et en profiter pour s'enfuir. Une infirmière a même fini à l'hôpital.
-Des marshmallows? A l'hôpital? Tu me racontes n'importe quoi! Et puis, comment tu peux savoir tout ça toi? Hein?
-J'ai une proche qui se trouvait là-bas. Et puis, ils sont spéciaux ces marshmallows! C'est pas de simples guimauves roses et blanches!
-Bon, imaginons que tu dises vrai. Elles ont quoi de spéciales, ces guimauves? A part étouffer les gens…
-Figure toi que c'est même pas ça! C'est des guimauves explosives!
-…
-Arrête de faire cette tête, je t'assure que c'est vrai! Tu me prends pas pour une folle quand même?
-Tu racontes n'importe quoi! Quand je pense que j'ai failli me laisser avoir! T'es fortiche pour les histoires au moins.
-Tu ne comprends rien à rien! T'auras l'air fine, quand tu te retrouveras face à elle et que tu m'auras pas cru…
-Mais comment veux-tu que je crois à cette histoire impossible?! Et tu vas me dire quoi maintenant, qu'elle se prend pour un chevalier revenu venger le roi Arthur?
-Non, pas du tout.
-C'est dé…
-En réalité, c'est un fantôme âgé de plusieurs siècles qui hante un des habitant de l'asile!
-Arrête ça, tu deviens lourde.
-Tu vois, elle se glisse dans ton dos, comme ça…
-Ca suffit maintenant, les blagues les plus courtes sont les meilleures.
-Elle sort un marshmallow de sa poche et se rapproche jusqu'à te frôler…
-Qu'est-ce que tu fais? Arrête!
-Et puis, elle te souffle dans la nuque "Je suis là!" et après…
-Et… après?
-Elle lance son marshmallow… comme ça!»

Bulletin d'information spéciale. Il y a quelques instants, une énorme explosion a eu lieu au centre de la ville. A l'heure qu'il est, les secours sont encore en train d'essayer de secourir les blessés. La police pense que le coupable n'est autre que la personne échappée il y a vingt jours de l'hôpital psychiatrique privé proche de Providence. Elle lance à appel à témoin, l'auteur de cet acte étant une jeune fille âgée de 20 à 28 ans, blonde, de taille moyenne, et dotée d'une capacité d'intégration particulièrement aisé. Nous vous rappelons d'être prudent et de contacter la police dès le moindre doute.


Démoniaque providence


Un personnage des plus étranges a récemment disparu d'un asile d'aliénés privé près de Providence."

– Vous vous rendez compte mon cher Georges ! Quelle époque nous vivons mon dieu, c’est incroyable. Mais je l’avais bien dit, qu’un jour ça arriverait ! Nous construire un asile d’aliénés à quelques lieues à peines de notre propriété, quelle misère ! Ils pouvaient pas les envoyer dans un autre pays, je ne sais pas moi, en Papouasie ou au pôle nord ! Ou même sur une autre planète tiens ! C’est une bonne idée ça ! Ils ont envoyé des hommes sur la lune, alors pourquoi pas des fous sur Mars ou Jupiter ? Non vraiment Georges, je suis pétrie d’indignation vous pouvez me croire ! Dites moi Georges, vous n’étiez pas blond hier ?

La duchesse de Berkmond vieille dame octogénaire aussi aigrie que pétée d’oseille, s’abreuvait des nouvelles du matin, râlante et médisante comme à son habitude.
Georges, stoïque, ne lâchait pas la route des yeux, confortablement installé au volant de la limousine, un doucereux sourire lui effleurant les lèvres.

– Georges ? Vous m’écoutez ? Remarquez, vous vous en moquez vous, de ce taré qui court les rues, ce n’est certainement pas à vous qu’il va s’en prendre, grand et fort comme vous l’êtes ! Tiens d’ailleurs Georges, vous n’auriez pas mit un coussin sur votre siège pour paraître plus grand ? Ou même un peu forci ces derniers temps ? Même votre casquette ressemble à une poêle à frire posée sur votre crâne. Vous prenez la grosse tête Georges, attention !! Et qu’est ce que vous avez les oreilles décollées c’est fou, je n’y avais jamais prêté attention. Vous vous êtes fait couper les cheveux en plus de la teinture alors ?

Georges haussa les épaules et rajusta le rétroviseur. La duchesse reprit sans même lui jeter un regard.

– Ils sont marrants ces journalistes ! Ils disent « un personnage des plus étranges » !! Mais ils ne disent pas en quoi il est si étrange… Est-ce qu’il à un pied bot ? Il est bossu ? Il a la peau bleue ? Il mesure deux mètres ou alors c’est un nain ? Comment veulent-ils que nous soyons sur nos gardes si on ne sait pas ce que l’on doit craindre ? Comment le reconnaître si on ne sait pas à quoi il ressemble ?

Sans répondre, Georges mit le clignoteur droit en route. La vieille femme soupira.

– Enfin, espérons que ce fou furieux ne soit pas un de ces obsédés sexuels qui vous kidnappe, vous entraîne dans un coin reculé d’une forêt, puis vous torture et vous viole, et bien souvent qui vous assassine et ce quelque soit votre âge ou votre tour de poitrine ! Ces gens là, moi je dis, on devrait inventer des test qui permettent de les déceler à la naissance et s’en débarrasser comme de la vermine. Qu’en pensez vous Georges, n’ai-je pas raison ? Vous ne dites rien aujourd’hui, vous êtes aphone ? Et puis ou allez-vous Georges ? Je vous ai demandé de me conduire chez le marquis de Fontvieille, ce n’est pas la bonne route ! Georges ?! Vous m’entendez ? Ce n’est pas le bon chemin ! Là vous allez vers… la forêt !!


Multiples


« Un personnage des plus étranges a récemment disparu d'un asile d'aliénés privé près de Providence. Ne vous laissez pas aller à la panique, il n’est pas dangereux. » L’article était suivi du portrait d’un homme en blouse blanche.
Jo, énervé, déchiqueta le journal. C Pas dangereux, grommela-t-il, vous en foutrais du pas dangereux, moi. – C’est vrai quoi, on ne l’avait pas enfermé pour rien non plus ! Les triplés qu’il avait séquestrés, pendant 8 mois, les jumeaux qu’il avait torturés, tous avec des tuyaux branchés de partout. Que des multiples ! Dès qu’il en voyait, il fallait qu’il les enferme, et ce, le plus longtemps possible. Puis, s’ils réussissaient à s’échapper, il les reliait à des machines, les entourait de bips incessants, espérant que leurs sens en soient émoussés, il voulait les voir souffrir, recroquevillés dans leurs bulles. Séparés, héhé, séparés… Là était son plus grand plaisir, leur enlever la joie d’être ensemble.

Et il n’opérait pas seul, il dirigeait toute une équipe, ceux-ci s’occupaient du rapt, du ravitaillement, de l’enfermement des multiples. Ensuite, il s’en chargeait lui-même. On les lui amenait, et il faisait tout, tout ce qu’il pouvait pour les garder dans leur bulle, il la chouchoutait, la bulle, même s’il la branchait ; il n’y avait pas de raison qu’elle ne souffre pas un peu aussi non mais !
Son plus beau coup… des sextuplés… ils étaient restés enfermés près de 7 mois… franchement, il n’était pas peu fier de lui…

Il s’en foutait un peu de s’être fait enfermé… mais la veille, des triplés étaient venus lui rendre visite, il ne pouvait pas décemment les laisser sortir, il fallait qu’il s’en occupe ! Il s’était alors échappé, les avait suivis, et il était retourné dans son repère – heureusement ses hommes étaient libres, ils avaient été lavés de tous soupçons – il leur avait décrit sa cible, hors de question qu’elle lui échappe… Ses hommes, toujours fidèles, avaient fait en sorte de le satisfaire. Et il avait pu les séquestrer, ces triplés, ils étaient là, détendus, endormis… Un sourire sadique se dessinait sur le visage de Jo. Ceux-là… il ferait ce qu’il n’avait jamais réussi à faire avec aucune autre fratrie…, ceux là, il les garderait 9 mois! Il y arriverait, il en était sûr.

Oh non ! Déjà ?! Le service psychiatrique l’avait retrouvé… Ce n’étaient pas ses hommes qui l’avaient trahi tout de même ? Pourquoi le regardaient-ils tous ainsi ? Un regard emprunt de pitié, un peu de fierté, certains le regardaient droit dans les yeux, d’autres baissaient la tête… Il se sentait humilié, trahi…


Un encart dans un journal « Le gynécologue fou a été retrouvé et ré-enfermé dans le centre de Providence. Dans sa fuite, il a permis à une femme de ne pas accoucher prématurément. Cet homme, dans son délire, a sauvé bien des vies ; d’un seul coup d’œil il savait reconnaitre une femme enceinte, et surtout le nombre de fœtus. Grâce à lui, nombre d’entre eux sont restés presque jusqu’à terme dans le ventre de leur mère. On ne sait trop ce qui se passait dans son esprit ; bien qu’il leur fît le plus grand bien, on a compris qu’il le faisait dans un esprit malveillant. C’est pourquoi il restera ici, enfermé dans une bulle, coupé du monde ; et pour sa part, bien plus de neuf mois. »


Une disparition inquiétante


Un personnage des plus étranges a récemment disparu d'un asile d'aliénés privé près de Providence. Le sheriff du comté privilégie la thèse de l’évasion, bien que les portes de la cellule capitonnée du disparu soient restées verrouillées. En procédant à une fouille minutieuse de cette cellule, la police a retrouvé sur le lit un billet manuscrit rédigé d’une écriture tremblante. Elle en a communiqué le contenu à la presse. Consciente de ses responsabilités envers son public et s’appuyant sur le premier amendement de la constitution des Etats-Unis, la rédaction du Rhode Island Herald a décidé d’en livrer le texte intégral à ses lecteurs. Nous tenons toutefois à avertir les personnes sensibles du caractère particulièrement insoutenable des lignes qui vont suivre. Elles témoignent d’un degré d’aliénation mentale extrêmement inquiétant et d’un esprit d’une rare perversion. Nous espérons cependant que leur publication permettra à nos lecteurs d’aider les forces de l’ordre dans leur travail incessant de recherche du malade disparu.
Tremblez, cloportes pensants, car votre fin est proche !
Rien n'est vrai, tout est permis !
Je vomis votre siècle et vos idéaux factices. Vous qui avez cru que la science vous permettrait de comprendre l'univers, vous aller bientôt toucher du doigt des secrets interdits. Au moment où vous croirez tenir enfin la grande unification de la connaissance que vous cherchez en vain depuis si longtemps, vous ouvrirez la porte aux principes impies qui régissent l'univers.
Rien n'est vrai, tout est permis !
Vous avez crus pouvoir protéger vos âmes insignifiantes en les plaçant sous la protection de dieux ineptes issus de vos esprits fragiles et conçus à votre image. Mais le visage des véritables Dieux dépasse en horreur toutes les tortures que vos âmes perverties ont pu imaginer au fil des siècles. Du fond des étoiles, les Grands Anciens occupent des plans innombrables et dansent leurs gigues sans fin au son de violes démentes en attendant de dévorer vos âmes.
Rien n'est vrai, tout est permis ! Votre existence même n'est qu'un hasard sans avenir. Bientôt, les Dieux anciens et véritables déferleront sur ce monde d'illusions et rendront vos civilisations au néant dont elles n'auraient jamais dû émerger.
Alors pourquoi attendre ? Abandonnez vos croyances, vos connaissances et vos morales factices et rejoignez nous dans la sarabande de la folie. Vautrez vous avec nous dans les délices du chaos rampant. Hurlez, dansez, bouffez, forniquez, tuez tout votre saoul. Rien n'est vrai, tout est permis, alors pourquoi attendre avant d'embrasser l'ivresse abjecte de l'univers ?
Soyez assurés chers lecteurs que nous vous tiendrons informés des rebondissements à venir de cette perturbante affaire.


PROVIDENCE : un aliéné en cavale !


Un personnage des plus étranges a récemment disparu d'un asile d'aliénés privé près de Providence. Il semblerait que personne ne sache à quelle heure exactement, et encore moins comment. Seule certitude, l’individu était encore présent lors du déjeuner, le cuisinier se souvient de lui avoir servi son plat préféré.
Personne ne l’a revu ensuite. Le bon sens voudrait que l’infirmier en service l’ait aperçu le soir au coucher, mais ce témoin potentiel est malheureusement, depuis le jour de la disparition, sujet à de profonds troubles de la mémoire.
Notre rédaction, malgré ses investigations et différentes questions adressées au personnel médical, n’est pas encore en mesure de vous communiquer le(s) mal(ux) dont souffre notre homme. Toutefois, une entrevue avec un stagiaire – que nous appellerons Monsieur C. – nous a permis de connaître un peu mieux l’homme qui aujourd’hui rôde sûrement près de nos maisons, de nos écoles, de nos enfants.
En effet, Monsieur C. nous a appris que ces derniers mois, l’individu n’a eu de cesse de compter les jours, comme le démontrent « les bâtons sur les murs ». Fait plus intéressant encore, Monsieur C. nous a dévoilé que notre aliéné recevait ces dernières semaines de nombreuses lettres de ses proches « à en croire les enveloppes qu’(il) devai(t) ramasser tous les jours par mesure de sécurité. » Monsieur C. n’a pas caché l’incompréhension collective quant aux détails de la fuite du forcené, avant de finir par avouer que « personne avant n’avait su déjouer la sécurité de cet établissement, (qu’) il (avait) fait preuve d’une grande lucidité et d’une fine intelligence, (qu’) il (était) donc très dangereux».
Notre enquête nous a par ailleurs permis d’établir que les vêtements qu’il portait ce jour-là ne l’avaient pas accompagné dans sa fuite. Il semblerait alors qu’il se soit retrouvé nu, du moins pendant les premiers instants qui ont suivi son départ.
Selon nos sources, notre évadé était pourtant surveillé de près. Il s’était en effet déjà volatilisé l’an passé, alors qu’il était enfermé dans un établissement au Canada, puis avait été retrouvé errant près de l’asile dans la semaine suivant son délit. Son comportement exemplaire depuis son arrivée dans la région de Providence a sans doute provoqué un certain relâchement du personnel, ce qui a pu faciliter son évasion.

De ce que les médecins ont bien voulu nous communiquer, nous savons que notre récidiviste aime à se faire appeler Papa, qu’il parle peu mais fort et qu’un large sourire, qu’ils qualifient d’hystérique, orne son visage quelle que soit l’heure de la journée.
En cette période de fêtes, nous vous conseillons donc de garder vos proches en lieu sûr, d’insister à nouveau auprès de vos enfants sur les règles de bases quant à l’inconnu, et de rester attentifs et prudents.
La rédaction vous tiendra informés dès que possible sur le caractère dangereux du désormais dénommé « Papa », que nous savons petit, barbu et quelque peu enrobé.

Joyeux Noël à tous.

Yan Blent, Daily Providence.


Une affaire ordinaire.

Un personnage des plus étranges a récemment disparu d'un asile d'aliénés privé près de Providence. Le personnel n’a pas immédiatement remarqué sa disparition et à vrai dire, nul ne sait la dater précisément. L’homme était très discret et d’apparence tout à fait banale. Il n’attirait jamais l’attention sur lui. Le matin, sa chambre était impeccablement rangée. Ne manifestant aucune tendance remarquable ou dangereuse, il était libre d’évoluer comme il voulait dans l’établissement. Il sautait fréquemment le déjeuner et les aides-soignants y étaient habitués. C’est pourquoi son absence n’a été notée qu’à partir du 20 juillet au soir.
La gendarmerie a été prévenue dès le lendemain matin. L’enquête confiée à l’inspecteur Mallot a révélé une situation étonnante. L’homme, âgé de 45 ans environ, était absent des registres de l’asile. Nul n’a pu dire quand il était arrivé, ni pour quelle raison. Aucun dossier ne mentionnait son nom. Les différents témoignages recueillis à son sujet donnent l’image d’un personnage calme, tranquille et sans histoire. Il ne recevait aucun soin particulier, partageait ses journées entre sa chambre, la bibliothèque et le parc. Toutes les personnes interrogées ont, semble-t-il, fait un effort considérable pour se le rappeler. Quant à en donner une description physique, personne n’a réussi à le faire. Que ce soient les autres pensionnaires ou les salariés de l’établissement, tous semblent s’accorder pour décrire un homme de taille moyenne, d’apparence anodine, sans signe distinctif, de voix sans accent, d’yeux sans couleur remarquable, de cheveux sans longueur ni teinte définies. Un parfait « monsieur tout le monde » a fini par conclure l’inspecteur.
« Non, a pensé la jeune stagiaire de police, justement non ! Monsieur tout-le-monde a toujours quelque chose de particulier… »
L’enquête a vite débouché sur une impasse. Devant l’absence de signalement remarquable, face à cette espèce de flou artistique concernant les circonstances de la disparition, les policiers ont classé l’affaire.

Le premier incident a eu lieu deux mois plus tard. Un homme s’est défénestré. Il vivait dans la chambre contiguë à celle du mystérieux disparu. L’affaire a fait grand bruit dans le petit village, mais on a estimé que ce genre d’accident ne pouvait guère être évité, surtout dans un asile d’aliénés. Lorsque la vieille femme schizophrène a mis fin à ses jours avec un couteau dérobé lors d’un repas, l’attention des policiers a été éveillée. Puis, les choses se sont précipitées. En deux mois, les suicides se sont multipliés. Les pensionnaires ont été mis sous surveillance rapprochée. Le personnel a été renforcé. Une équipe de psychologues est venue seconder les responsables.
Ces spécialistes ont mis au jour une psychose qui s’est petit à petit amplifiée et généralisée dans l’établissement. La disparition d’un personnage lambda, sans personnalité ni physique remarquable, l’abandon quasi immédiat des recherches, le sentiment que cette personne n’avait pas réellement existé, qu’elle n’avait, en tout cas, laissé ni souvenir, ni empreinte et l’impossibilité, pour aucun des autres pensionnaires de se remémorer quoi que ce soit à son sujet a généré une panique rapidement incontrôlable. Chacun, à sa façon, à son rythme, a été confronté à l’existence du néant, généré par cet épisode regrettable. Presque tous ont choisi de l’affronter.

Dès la fin de l’année, l’asile était fermé. Les rares pensionnaires restants ont été dispersés dans d’autres établissements. Un parfait inconnu a racheté la propriété. On dit qu’il a de la prestance et beaucoup de charisme…


Jungle spatiale

Un personnage des plus étranges a récemment disparu d'un asile d'aliénés privé près de Providence. A 8000 km de la Terre, le satellite espion 6 ème génération, Xyplor, garde un faisceau sur lui. Il ne s’inquiète pas, il est de l’ancienne école. Les petits nouveaux s’occuperont de cette affaire. Il sait qu’il sera bientôt désactivé. Il a fait son temps. C’est d’ailleurs pour cette raison que la Compagnie lui a offert une comète téléguidée. Avec elle, il peut caresser les étoiles, défier les trous noirs, récolter les poussières cosmiques et impressionner les capitaines de vaisseaux. Elle est gigantesque. Aussi grande que la Nouvelle Angleterre. En attendant la procédure de mise au rebut, Xyplor ne se lasse pas d’écouter son titre préféré, « Lucy in the sky with diamonds » des Beatles. Les ingénieurs au sol vont lui enlever la moelle de ses connaissances et expériences. Il espère qu’ils lui laisseront la musique jusqu’au dernier instant…Le personnage étrange vient de commettre un crime. Xyplor est ennuyé. Comment se fait-il qu’aucun satellite ne soit intervenu ? A contre cœur, il lance une attaque psychique… Echec… Xyplor perçoit un vide qui s’agrandit en lui. Son sens de la réalité se modifie . Le personnage étrange commet un deuxième délit. Il dévore sa victime. Xyplor doit l’arrêter. Il décide de l’écraser avec sa comète…
Le satellite 12ème génération, Argone, ne se lasse pas de son nouvel attribut. La Compagnie l’a doté de la faculté « admirer » à sa millième révolution. Il se demande pourquoi Xyplor conserve ce faisceau de surveillance. Il en existe des milliards sur Terre…des scarabées.


L'homme au chapeau bleu

Un personnage des plus étranges a récemment disparu d'un asile d'aliénés privé près de Providence. Son nom : Henry Harvester.
Signes particuliers : porte un chapeau bleu. Parle souvent avec lui-même.
Il peint. Surveiller tous les magasins de tubes de couleurs.

Lorsque l'inspecteur Oliver Tweed avait entendu le signalement radio, il avait failli éclater de rire. Il s'était aussitôt porté volontaire pour rechercher l'homme au chapeau bleu. Un bon prétexte pour échapper à l'enquête sur le double meurtre de la forêt de Tuscon. Un massacre. Le sang, il saturait.
Assis dans la salle d'attente de la clinique psychiâtrique du Parc, il détaillait les tableaux accrochés aux murs. Des paysages de sous-bois peuplés d'une multitude de fées, de lutins à l'oeil malicieux et de crapauds hideux. Il avait la curieuse impression d'être observé par ce petit peuple.
Le directeur sortit de son bureau.
« Inspecteur Tweed ? Je suis à vous. Tenez, ce sont justement des tableaux d'Henry. C'était un pensionnaire de longue date. Il peignait ces personnages surtout la nuit et s'était ainsi constitué une sorte de famille imaginaire avec laquelle il conversait à haute voix. Sa fugue nous a beaucoup surpris. Il était heureux ici, à sa manière.
- Recevait-il de la visite ?
- Depuis le décès de sa mère, non. Une infirmière se chargeait de renouveler son matériel de peinture. Ah... attendez. Récemment, pour couvrir les frais d'hébergement, nous avons commencé à vendre certaines de ses toiles. Un marchand d'art est venu la semaine dernière, il est reparti avec un tableau grand format. Henry était très perturbé.
- Perturbé ? Qu'y avait-il sur ce tableau ?
- Je ne sais plus exactement, mais Henry était très nerveux quand il a constaté qu'il avait perdu... Winnypegg. Ca devait être le personnage du tableau... On ne l'avait pas consulté pour la vente cette fois-là... le marchand d'art était si intéressé...
- Où peut-on le trouver ?
- Il tient la galerie Artpower, sur Tuscon road, juste avant la forêt... Mr Screw ».

Le soir tombait quand Oliver poussa la porte de la galerie, apparemment déserte. Soudain, il entendit un râle à l'étage. Il monta les escaliers prudemment. Un homme gisait, étendu dans une mare de sang, la gorge labourée par d'énormes griffes. Oliver eut un haut-le-coeur. Posé contre un mur, un grand tableau forestier présentait un vide en son centre.
« Partez... Danger... » gémit l'homme dans un dernier soupir. L'inspecteur vérifia son pouls : il était arrivé trop tard.
Dehors, le vent sifflait. Oliver remonta son col. Derrière la galerie, il remarqua de larges empreintes. Il vérifia la présence de son révolver contre sa cuisse et suivit les traces vers le sous-bois.
Dans l'obscurité, il aperçut très tard deux ombres qui se rapprochaient dont l'une, massive, tanguait en avançant. L'inspecteur eut juste le temps de se cacher dans un fourré.
« Allez Winnypegg, on rentre à la maison. Je suis désolé, je ne savais pas qu'ils allaient t'enlever. Je reste avec toi. Mais dorénavant je t'interdis de sortir du tableau sans moi, c'est compris ?»
Le coeur battant, Oliver Tweed vit passer devant lui l'homme au chapeau bleu, tenant en laisse un dragon aux serres acérées, les ailes repliées.


Confusion

"Un personnage des plus étranges a récemment disparu d'un asile d'aliénés privé près de Providence."
Un entrefilet comme tant d'autres, picoré dans le journal local qu'un lecteur matinal a abandonné sur la desserte. A ceci près que, sans raison apparente, il vient s'incruster dans le petit déjeuner que s'apprête à prendre Marie sur la terrasse éclaboussée de soleil.
Laquelle prend néanmoins le temps de savourer une gorgée brûlante de son thé préféré. Au-delà du muret de pierres sèches et de la dégringolade des vignes, la garrigue, grésillante de cigales, crépite déjà.
- Providence, Providence… C'est où ce bled?
Un vieil atlas qui s'empoussière au fond de la bibliothèque fera l'affaire: "Providence, ville de l'état de Rhode Island, USA."
La jeune femme renvoie le bouquin à son silence tout en grommelant:
- Je me demande bien pourquoi un pareil fait divers se retrouve dans le canard local et surtout pourquoi j'y attache une pareille importance… Bon! En attendant l'arrivée de Julien, je vais aller faire un tour…
Les sommets que voile une brume bleue dansent sous la chaleur. Marie pénètre dans une pinède largement déployée au flanc d'un coteau. Sur le tapis craquant des aiguilles tombées, au roucoulement modulé d'un pigeon invisible, ses pas se font légers, ses pensées s'envolent…
Tout à coup, à l'instant d'aborder une raide descente qui la conduira vers la fontaine aux Oliviers, terme habituel des ses balades improvisées, la jeune femme a un haut le corps. En face d'elle, progresse en marmonnant un curieux promeneur: grand, maigre, un crâne en goutte d'eau que surmonte un ridicule chapeau melon, le visage mangé par une abondante barbe noire, il avance lourdement, fauchant de sa badine de jonc d'invisibles touffes d'orties.
Il semble soudain s'aviser de la présence de Marie qu'une panique soudaine a figée sur le sentier. Ses yeux verts porteurs d'un regard comme elle n'en a jamais vu se lèvent sur elle.
L'association d'idées se fait en un tournemain: le journal, le fou, l'asile… Qu'importe si le Var et Rhode Island ne sont pas vraiment voisins! Elle est bien au-delà de ce genre de considérations…
L'inconnu s'avance, son cou s'allonge, ses mains se tendent…
Une subite décharge d'adrénaline lui rend sa raison et ses jambes… Bifurquant au premier carrefour de pistes, elle plonge vers le pied du coteau. La route poudreuse qui muse à travers les collines est là à quelques centaines de mètres… salvatrice, providentielle…
Comme le VSL garé un peu plus loin et les deux infirmiers qui, lui semble t-il, la regardent approcher, hagarde, les mèches en bataille et le souffle court, avec un rien d'amusement au fond des prunelles. Le plus petit des deux la rassure avec bonhomie:
- Vous avez rencontré Lulu ma petite dame? N'ayez pas peur, il ne ferait pas de mal à une mouche!
- ?!!!
- Il n'est pas dangereux, simplement un peu… évaporé!
Il s'est sauvé de la maison spécialisée La Providence, à une demi-heure d'ici… Il vient de nous fausser compagnie encore une fois mais plus pour longtemps. Deux autres collègues vont le coincer en haut! Ça fait trois jours que nous lui courons après. Heureusement qu'en cette saison! …
Entre fou rire nerveux et indignation sincère, Marie réalise soudain…
P… de journaliste! Pas fichu de rédiger un article correctement…
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Avant le jour de sa mort, personne ne sait exactement son courage... Jean Anouilh
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