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wiliam Plume de Griffon

Joined: 01 Jun 2007 Posts: 2,403
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Posted: 18/06/2008 14:06:17 Post subject: "Personnages et point de vue", Orson Scott Card |
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(oui, c'est le titre français exact, ne me demandez pas pourquoi il n'y a pas de "s" au "point" de vue...)
Un livre pour vous aider dans votre écriture. Roman ou nouvelle, Orson Scott Card vous donne des conseils. Excellent bouquin pour qui - comme moi - a du mal avec les personnages dans un texte : comment les décrire, fouiller les psychologies, les motivations, les caricatures, les pièges... Et concernant les points de vue : les types de style d'expression et ce qu'ils impliquent dans la perception qu'en a le lecteur...
Ce ne sont pas des recettes, et pourtant on a le sentiment d'un recueil de techniques immédiatement exploitables dans un exercice d'écriture.
Et puis Orson Scott Card s'exprime dans une langue simple et concise et s'adresse souvent au lecteur. C'est vivant et enlevé, très plaisant à lire.
A la lecture, on se fait souvent la réflexion "bien-sûr, ce qu'il raconte est évident", mais c'était une évidence inconsciente et de le voir théorisé, ça éclaire beaucoup les ressorts qui sous-tendent la construction d'un personnage crédible et éloquent.
Et les exemples que propose l'auteur, tirés du cinéma, de la vie politique ou d'autres bouquins, sont tous très connus et donc judicieux.
Bref, à lire.
Voici la présentation de l'éditeur:
| Quote: | | Les personnages vivants et mémorables ne naissent pas, ils doivent être créés. Ce livre est une boîte à outils: leviers littéraires, burins, maillets, tenailles et pinces. Servez-vous-en pour extirper, dégager, arracher de bons personnages de votre mémoire, votre imagination et votre âme. Orson Scott Card explique en détail les techniques de création, de développement et de présentation des personnages, ainsi que l'utilisation du point de vue dans les romans et nouvelles. Avec des exemples précis, il passe en revue les choix narratifs - ceux qui vous permettront de créer des personnages de fiction si "réels que les lecteurs auront l'impression de les connaître aussi bien que des membres de leur propre famille. Vous apprendrez à définir des personnages par leurs actes et par leur "style personnel", développer des personnages que les lecteurs aimeront - ou aimeront détester. Créer des personnages secondaires et des faire-valoir. Choisir le point de vue le plus efficace pour révéler les personnages et faire avancer le récit. |
Et je vous fournis gracieusement quatre extraits, histoire que vous puissiez vous faire une idée (extraits 1 et 2 : Les personnages que nous aimons ; extraits 3 et 4, Les personnages que nous détestons):
| Quote: | 1. L’ingéniosité
Notez que je n’utilise pas le mot « intelligence ». Dans notre société à l’idéal égalitaire, tout étalage ostensible d’intelligence ou d’érudition est considéré comme de l’arrogance ou du snobisme.
Toutefois, nous apprécions qu’un personnage soit assez malin pour trouver des solutions à des problèmes épineux. Est-ce une attitude contradictoire ? Absolument. Il conviendra donc de faire de Nora un personnage à la fois très intelligent et non conscient de son intelligence. Nora pourra avoir une grande confiance en elle, mais elle ne devra jamais se croire supérieure à quelqu’un de moins malin. Par exemple, elle sera le première étonnée de voir fonctionner un plan complexe établi par ses soins.
Indiana Jones est un parfait exemple de cette attitude. Jones est professeur d’archéologie, mais on ne le voit jamais faire étalage de sa science. Et lorsqu’on le voit devant ses élèves, il marmonne, troublé par une étudiante un peu trop entreprenante.
Pourtant, dès que les choses tournent mal, Indiana Jones trouve une solution brillante – ou improbable et chanceuse – de les arranger. En réalité, il est malin, mais il n’est pas « intelligent ». Le public aime qu’un héros sache comment réagir lorsque la situation se gâte, mais il rejette celui qui revendique son esprit supérieur et trahit sa suffisance par sa façon d’être.
2. Des imperfections sympathiques
Nous venons de dresser la liste des traits de caractère, actions et attitudes qui persuaderont le lecteur d'aimer votre personnage principal. Toutefois, un danger nous guette: si Pete est trop parfait, le public cessera de croire en lui. Il faut donc trouver le bon équilibre entre sympathie et crédibilité.
Pour éviter cet écueil, il suffit d'affubler Pete de quelques défauts. Déployez tout l'arsenal que nous venons de passer en revue pour le rendre sympathique aux yeux du lecteur, mais n'oubliez pas de lui réserver quelques menues faiblesses pour le rendre plausible.
Un nouvel exemple joué par Harrison Ford : Han Solo est un homme de parole, il est beau, courageux, malin et a un bon sens de l'humour. Toutefois, il est aussi vantard (Han Solo : "Je crois surtout que vous ne supportez pas de voir un beau gosse comme moi s'éloigner." Princesse Leia : "Où votre cerveau laser va-t-il chercher des illusions aussi stupides?" Plus tard - Princesse Leia :'Je vous aime !" Han Solo : "Je le sais.") et semble uniquement animé par une cupidité sans bornes. Et puis, il ne paie pas ses dettes.
Résultat : un des personnages les plus appréciés dans un des films les plus regardés de tous les temps.
Hercule Poirot a des fantaisies ; Nero Wolfe a des toc et un surpoids - tout juste un septième de tonne ; Sherlock Holmes est impoli et cocaïnomane ; Scarlett O'Hara a des illusions romantiques, mais agit avec un pragmatisme brutal ; Rhett Butler a un passé trouble et un air moqueur.
Autant de défauts qui auraient tendance à rebuter, mais qui, combinés à certaines qualités, peuvent rendre un héros encore plus humain et digne d'intérêt.
3. Egocentrique et spécialiste autoproclamé
« Je ne vois pas pourquoi nous devrions écouter une experte autoproclamée comme Nora. » A moins que Nora soit en mesure de prouver qu’elle a été désignée pour s’exprimer sur un sujet donné, il y a des chances pour que vous cessiez en effet de l’écouter.
C’est une contradiction de la nature humaine : nous méprisons les gens ternes et sans ambition, et nous ne pouvons pas supporter ceux qui font des pieds et des mains pour arriver au sommet. Le petit jeune qui s’incruste dans la bande de son grand frère ; le collègue moins qualifié que vous qui veut vous apprendre à faire votre travail ; le voisin casse-pieds qui vuos explique comment sauver votre mariage – ces gens ne se rendent-ils pas compte qu’ils sont de trop ?
Notre aversion pour les gens qui tentent de s’imposer là où on ne veut pas d’eux est telle que nous sommes capables d’occulter tous leurs bons côtés. Dans Frankie Adams, Carson McCullers se donne beaucoup de mal pour nous faire apprécier son héroïne, une jeune fille solitaire et un peu perdue. Frankie se persuade qu’elle va assister au mariage de son frère aîné, que celui-ci et sa femme sont prêts à l’accueillir dans leurs vies. « Ils sont mon nous », dit-elle. Cependant, en dépit de l’affection que nous avons pour Frankie, nous ne l’approuvons pas lorsqu’elle monte dans la voiture des jeunes mariés en partance pour leur lune de miel. Nous sommes tristes pour elle car elle est déçue, mais nous ne l’encourageons pas à imposer sa présence.
C’est particulièrement vrai des personnages qui veulent à tout prix occuper une position qu’ils ne méritent pas. Les usurpateurs ne sont jamais sympathiques dans les œuvres de fiction. Shakespeare le savait : le public n’aurait jamais apprécié Macbeth si celui-ci avait tué le roi pour prendre sa place par pure ambition personnelle. L’auteur explique donc en détail que Macbeth ne s’est pas autoproclamé roi. Pour commencer, les trois sorcières avaient annoncé ces événements longtemps avant qu’ils ne se produisent. Macbeth ne les avait d’ailleurs pas prises au sérieux. Jusqu’à ce que la première partie de la prophétie se réalise. Toutefois, même alors, il n’aurait rien fait si sa femme ne l’avait pas poussé au meurtre. Macbeth est un usurpateur, certes, mais il n’avait rien planifié. Le fait qu’il ait été en quelque sorte désigné par les sorcières et par sa femme au bord de la folie fait que le lecteur, tout en espérant qu’il soit puni, garde un peu de compassion pour lui.
En règle générale cependant, le lecteur ne peut apprécier un personnage qui s’approprie un pouvoir qu’il n’est pas censé détenir. Rappelez-vous : le président Reagan vient de se faire tirer dessus. L’ancien secrétaire d’Etat Alexander Haig s’adresse aux journalistes : « Je contrôle la situation. » Depuis, il a expliqué mille fois qu’il voulait seulement remonter le moral de la population et faire comprendre que le gouvernement avait les choses en main. Trop tard. Les Américains se souviennent de lui comme d’un politicien ambitieux, prêt à tout pour exercer le pouvoir.
4. L'intellect
Ce n'est pas un hasard si tant de méchants s'expriment avec un langage châtié et très précis.
" - Ecoute, mec, dit le héros, tu ne peux pas t'en tirer comme ça.
- Vous croyez ? s'étonne le méchant en haussant le sourcil. Vous n'imaginez tout de même pas m'effrayer avec ce genre de menace ?
- D'autres types sont aussi à tes basques, tu sais ?
- Je suppose que vous parlez de la police - ces fonctionnaires pathétiques..."
Si nous n'aimons pas le méchant, ce n'est pas uniquement parce qu'il est vaniteux, c'est surtout parce qu'il est poli et maniéré. On l'entendrait presque parler avec un accent tout droit issu de Harvard ou d'Oxford.
Ce n'est pas forcément le cas dans toutes les cultures, mais nous autres, Américains, avons tendance à nous méfier des gens trop instruits. Si Spencer, le héros de Robert Parker, peut se permettre de citer de la poésie à tout bout de champ, c'est parce qu'il est aussi un dur. Pour chaque citation, Spencer passe une demi-heure à s'entraîner dans un gymnase. Histoire de se faire pardonner. Nous craignons et tenons à distance des gens qui en savent plus que nous ; et, lorsqu'ils se comportent comme s'ils nous étaient supérieurs, nous les haïssons.
Le comportement et l'attitude du méchant à l'égard des autres sont l'inverse de ceux du gentil. Pour rendre Pete détestable, faites-le dénué d'humour et incapable de rire de lui-même. Lorsque les choses tourneront mal, il ne fera que geindre, pleurnicher et blâmer tout le monde. Quand la situation sera plus positive, il tirera la couverture à lui et se vantera de sa réussite. Arrangez-vous pour qu'il ne se soucie pas du tout des sentiments d'autrui, pour qu'il juge les autres avant de les avoir écoutés, pour qu'il ne fasse jamais confiance à personne. Pete sera toujours plus agréable avec les gens riches et influents qu'avec les pauvres et les sans-grade, et il n'aura jamais aucun remords.
En d'autres termes, il traitera les autres comme s'ils existaient dans l'unique but de le servir. le public détestera assurément un gars dans son genre.
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_________________ "La réalité, c'est ce qui ne s'en va pas lorsqu'on cesse d'y croire...", Philip K. Dick |
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Guylou Plume de Simurgh

Joined: 01 Jun 2007 Posts: 2,852
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Posted: 18/06/2008 14:24:19 Post subject: "Personnages et point de vue", Orson Scott Card |
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Je viens de lire tout ça : c'est super intéressant ! _________________ Avant le jour de sa mort, personne ne sait exactement son courage... Jean Anouilh |
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Laurence Plume de Phoenix

Joined: 06 Jun 2007 Posts: 1,376
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Posted: 18/06/2008 17:43:09 Post subject: "Personnages et point de vue", Orson Scott Card |
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Je confirme : tout le bouquin est très intéressant, particulièrement tout ce qui concerne le point de vue. Pour moi c'est le pire des casse-têtes : est-ce que l'auteur peut être "dans" plusieurs personnages en même temps, si la narration est à la première personne, comment transmettre le point de vue des autres personnages, etc. Le livre ne donne pas des recettes toutes prêtes, mais il aide au moins à s'y retrouver dans les différentes options et explique les règles qui régissent chacune d'entre elles ! _________________ Tout est dans tout, et inversement - Pierre Dac |
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Guillaume Plume de Garuda

Joined: 06 Feb 2008 Posts: 344
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Posted: 19/06/2008 00:40:08 Post subject: "Personnages et point de vue", Orson Scott Card |
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Je suis moins fan de l'idée. Il a raison, mais j'ai le sentiment que si tous les écrivains suivaient ce type de shémas à la lettre, le monde de la littérature serait bien fade. Tous les personnages ne risqueraient-ils pas de se ressembler?
Enfin, quand j'écris, je ne me pose pas vraiment ce genre de question. Avec du recul, je m'aperçois que mes personnages rentre un peu dans le cadre qu'il propose. Mais je préfère tellement les voir se créer tout seul au fur et à mesure que j'écris! J'écris peut-être plus pour moi, peut être est-ce un tort, mais ca me gâcherait le plaisir d'écrire que de devoir faire rentrer à tout prix mon personnage dans un moule. Je l'écrit tel qu'il se présente, en quelque sorte, avec ses qualités et ses défauts. Mais il les a parce que 'c'est ainsi', pas pour équilibrer une quelconque balance de morale. _________________ Le temps est-il la roue qui tourne ou bien la trace qu'elle laisse? |
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wiliam Plume de Griffon

Joined: 01 Jun 2007 Posts: 2,403
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Posted: 19/06/2008 08:54:07 Post subject: "Personnages et point de vue", Orson Scott Card |
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Guillaume, OSC indique bien qu'il ne s'agit pas de recettes miracles. Heureusement que tout le monde ne suit pas ces schémas. Mais c'est un peu comme le dessin : Picasso a commencé par faire du figuratif avant de se lâcher
Je suis persuadé qu'il n'est pas inutile (pardon Guylou) de passer par une étape "scolaire", formattée, avant de s'écarter des normes. _________________ "La réalité, c'est ce qui ne s'en va pas lorsqu'on cesse d'y croire...", Philip K. Dick |
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EmmaBovary Plume de Kookaburra

Joined: 05 Oct 2007 Posts: 606
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Posted: 19/06/2008 12:43:22 Post subject: "Personnages et point de vue", Orson Scott Card |
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Effectivement, je ne pense pas que nos personnages soient de pures créations, spontanées, que nous découvrons d'un oeil neuf et stupéfait! Même si nous ne suivons pas un schéma à proprement parler, les personnages que nous inventons sont un mélange de notre imagination, de nos observations, de nos lectures, voire des films que nous avons vus... Chacun se construit un schéma mais celui-ci s'appuie sur de l'existant et sur ce que nous apportons de nous. _________________ "Et puis je suis à marée basse avec mon livre (...) et je commence à croire que je suis une ratée."
Virginia Woolf |
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