Guylou Plume de Simurgh

Joined: 01 Jun 2007 Posts: 2,849
|
Posted: 09/07/2007 07:35:49 Post subject: Les textes |
|
|
Celui qui suivait le soleil
Sans trêve ils poursuivaient l’ellipse du soleil, et leurs chants se fanaient au long de leur périple.
Jonathan avait pris la tête de la colonne de ces miséreux dont la masse ne cessait d’augmenter depuis le départ. Pour les faire avancer, le chant avait remplacé la nourriture, qui se faisait d’autant plus rare qu’ils étaient de plus en plus nombreux. Où allaient-ils ? Nul ne le savait, Jonathan lui-même le savait-il ? Ils suivaient le soleil dans sa course. Personne ne se posait de question. D’être ensemble les rassurait.
Là-bas, un homme, sentant son pouvoir menacé, avait appuyé sur le bouton, histoire de prouver sa puissance au monde. « Ils verront, ces chiens, de quoi je suis capable !»
Le résultat ne s’était pas fait attendre. Il y eut un gigantesque tremblement de terre. Les immeubles s’écroulèrent comme des châteaux de cartes. Le niveau des mers monta, dévastant tout sur leur passage. L’air devint irrespirable. Les plus exposés moururent sur place, d’autres tentèrent de fuir. Ce fut une panique générale.
Dans les jours qui suivirent ce chaos, les survivants essayèrent de s’organiser, de mesurer l’ampleur du cataclysme, mais aucune voie de communication n’avait résisté. Aucun secours n’arrivant, ils en vinrent à conclure que la catastrophe avait été totale.
Des clans de survivants se formèrent, se déchirant entre eux, s’arrachant le peu qu’ils pouvaient trouver pour vivre.
C’est alors que Jonathan était arrivé et s’était imposé par sa douceur, sa sérénité et son charisme. Le soir, quand assis au milieu de ces pauvres êtres aux abois, son chant clair s’élevait haut dans les airs, on ne pouvait que l’écouter et se sentir apaisé. C’est naturellement que tous se mirent à le suivre. Inlassablement Jonathan suivait la trajectoire du soleil. On se nourrissait de peu, de racines, de conserves trouvées dans les décombres, mais on partageait tout. Les bien portants soutenaient les malades, tout en chantant, même si petit à petit le chant devenait plus faible, plus lent. Mais l’espoir était toujours là, au bout du chemin.
Au fil du temps, la vie reprenait ses droits. On ne se contentait plus de chercher sa nourriture, on ramassait ça et là des objets qui pourraient servir, plus tard, là-bas … Des animaux, survivants eux aussi, rencontrés au hasard des chemins, se joignirent au voyage… On continuait d’avancer mais partout c’était la même désolation.
Puis il arriva un jour où lassés de cette errance quelques uns s’arrêtèrent, se sentant prêts à
reconstruire sur les décombres. La nature n’avait-elle pas elle-même repris ses droits ? L’herbe avait repoussé, certains arbres avaient refait des feuilles et des fleurs…
La colonne perdait peu à peu ses hommes et ses femmes.
Aujourd’hui encore, en prêtant l’oreille, on peut entendre le chant mélodieux de Jonathan qui continue de marcher sur les traces du soleil.
Est-il seul ou entraîne-t-il toujours à sa suite la cohorte de ceux qui cherchent encore leur raison de vivre ?
Créatitude
- « Sans trêve ils poursuivaient l'ellipse du soleil, et leurs chants se fanaient au long de leur périple. Harassés, ivres d’espoirs déçus, ils s’obstinaient pourtant, refusant l’idée que leur quête incessante pût se solder par un échec… »
- Oui… et après ?
- Après, on pourrait faire un truc un peu biblique, du genre : ils arrivent enfin à destination, les femmes pleurent, les hommes tombent à genoux, ils commencent une nouvelle vie…
- Euh… Et à qui on vend ça ? Aux Témoins de Jéhovah ou aux Mormons ?
- Mais non, ce serait juste… moral, en fait : leur endurance serait récompensée…
- OK… Mais je te le répète : qui veux-tu que ça intéresse, ton histoire de courageux pionniers ? Les fans de « La petite maison dans la prairie » ? Tu te rappelles que cette série s’adresse à des gamins du secondaire ? Et ce langage du dix-neuvième… Comment veux-tu qu’ils adhèrent à un texte pareil ?
- Et alors, tu veux que j’écrive comme ils parlent ? Je sais que notre public cible a un demi-siècle de moins que nous, mais je ne suis pas sûr que les producteurs apprécieraient un commentaire off du genre : « Ça les gavait trop de marcher comme des oufs vers ce putain de soleil, mais grave, quoi, du coup ils n’avaient même plus envie de raper, mais ils continuaient parce qu’au bout il y avait une teuf avec plein de meufs, et qu’ils ne pouvaient pas louper une occasion pareille de niq… »
- OK, OK, j’ai saisi le concept ! Dis donc, malgré ton grand âge tu t’y connais en langage « d’jeun’ » !
- Ma petite-fille parle comme ça avec ses copines, quand elle croit qu’on ne l’entend pas…
- Pfff… Putains d’ados… Passé vingt-cinq ans, on ne les comprend plus, et on sait encore moins comment leur parler…
- J’y pense… et si la « teuf » en question c’était un de ces machins que les gamins font en pleine nature, tu sais, avec cette musique de merde qui fait beaucoup de bruit ?
- Une rave party ?
- Oui, voilà ! Un groupe d’ados irait à pied à une rave party, et sur le chemin il y aurait des disputes, une ou deux histoires d’amour, et tout ça pèterait pendant la fête, avec l’alcool, l’ecstasy, et…
- Et les flics ! Il y aurait une descente de police, ça tournerait à la bagarre générale, avec une bavure policière, peut-être une overdose… Super idée ! Ils vont adorer ça, ces petits cons !
- Je vois déjà le slogan pour la promo : « La rave, je kiffe grave ! »
- Ben voyons… Pourquoi pas « La techno à Nono », pendant que tu y es ? N’en fais pas trop, Papy, ton cœur va lâcher !
- Eh, je te rappelle quand même que c’est « Papy » qui a trouvé le concept !
- Personne n’en saura rien, heureusement : ils trouveront bien un drogué quelconque pour assurer la promo…
- Je préfèrerais aussi… je me fais déjà assez chambrer à l’Académie à cause de mes passages chez Ruquier !
- C’est vrai qu’ils n’ont pas l’air rigolos, tes copains immortels… Tu devrais venir au Goncourt, au moins on boit et on bouffe bien ! D’ailleurs, je te laisse, Jean : j’ai encore trois daubes à lire pour le Prix…
- Trois… « daubes » ? Oh, toi, par contre, tu es drôlement branché ! On sent que tu as dix ans de moins que moi ! Si tu permets que je t’apostrophe ainsi, bien sûr !
- Ha, ha ! On ne me l’avait jamais faite, celle-là… Allez, salut Papy !
- Salut, Bernard !
Un petit pas pour l’homme.
Sans trêve, ils poursuivaient l’ellipse du soleil, et leurs chants se fanaient au long de leur périple. Le peuple élu avançait maintenant dans un murmure. Leurs pieds nus foulaient la terre brûlante. Ceux qui se trouvaient à l’arrière du cortège devaient éviter de marcher sur ceux qui s’étaient laissés tomber morts au milieu du sillon creusé par cette gigantesque caravane. Rares sont ceux qui se connaissaient. Ils s’étaient trouvés en route. Personne n’aime marcher seul. Aucun d’entre eux ne savait où aller.
Il y a un instant encore, ils se sentaient à l’abri. Ces milliers de cons se croyaient hors d’atteinte. Ce sont ceux qui sont morts en premier. Pour avancer encore aujourd’hui, il ne reste plus que ceux qui ont toujours marché. Ceux qui ont toujours marché, couru, dérivé ou ce sont envolés à la poursuite d’un monde où l’on aurait pu se croire hors d’atteinte, précisément.
Je repense à leurs poignées de mains, à leurs obsessions spirituelles, à leurs congés payés, à leurs petites vacheries, à leurs coups de foudre, à leurs couchers de soleil, à leurs célébrations populaires. A leur vanité, à leur haine. A leurs rêves et leurs amours.
Du flan.
Je les regardais ce soir là avec le sourire triste de celui qui s’en doutait : ces types là n’avaient aucune chance.
Quand l’un d’entre eux persistait à chanter plus fort, à pousser un dernier cri ou à se taire un instant, croyant reconnaître le chant d’un oiseau, j’étais chaque fois sur le cul. L’humanité fut une expérience fascinante.
Mais ces pèlerins grotesques n’étaient plus qu’une poignée et leur destination connue d’avance. Ils n’avaient rien de remarquable. Ils étaient les derniers, c’est tout. Leurs pas, les derniers de l’humanité : chancelants, harassés, débiles, dénués de toute grâce. Et surtout dénués de sens. Hommes, femmes et ce qui restait d’enfants tentaient une dernière fuite. Par simple habitude. Certains se regroupaient et semblaient se donner la main. On en apercevait même rire. Parmi les témoins de l’apocalypse, il restait une relique d’âme à quelques uns. L’humanité fut une expérience fascinante, vraiment.
Je les ai observé jusqu’au dernier. J’ai parlé à cet homme, seul debout au milieu des restes tièdes de son espèce. Il m’a dit d’aller au diable. Il s’agissait d’une femme pour être tout à fait précis. Elle m’a dit d’aller au diable puis elle a souri. J’ai répondu « Toi d’abord » et le silence est enfin revenu.
Une légère bruine s’est mise à tomber sur les cendres du monde. Puis un crachin. Puis une averse. Puis des siècles d’intempéries. C’était magnifique à regarder mais terriblement mauvais pour le moral. Au bout d’un moment, la Terre a débordé et j’ai versé une larme. Cette larme s’est écrasée sur les plans d’un nouveau projet qui traînait sur mon bureau. Une nouvelle planète, verte cette fois-ci, est apparue sous mes yeux. Je me suis dit que ce serait la dernière pour ce soir et qu’après, j’irai me coucher.
Envolée céleste
– "Sans trêve ils poursuivaient l'ellipse du soleil, et leurs chants se fanaient au long de leur périple", récita Gaëtan à voix basse.
Il contemplait le groupe qui virevoltait au loin.
– C'est quoi ? lui demandai-je.
– Je n'en sais rien, j'ai lu ça je ne sais plus où, répondit-il sans détacher son regard du spectacle. Tu ne trouves pas que ça convient à la situation ?
Les anges se poursuivaient sans relâche, passant successivement de l'ombre d'un nuage à la lumière ocre du soleil couchant. Oui, ça convenait probablement.
– Tiens, murmura-t-il en me tendant les jumelles. Regarde celui avec les ailes parme, sur la droite.
Je le repérai aisément. Il était particulièrement beau. Le nez fin, les cheveux blonds et bouclés, le torse musclé, on aurait dit l'Apollon du Belvédère. Il cria quelque chose à un autre ange aux longs cheveux noir de jais. Nous étions trop loin pour comprendre leurs paroles, et seuls leurs éclats de rire nous parvenaient.
– On devrait se rapprocher un peu, suggérai-je.
– Tu plaisantes ? Un mouvement un peu brusque et ils disparaitraient !
J'étais l'invité de Gaëtan, il me faisait confiance. Je n'allais pas prendre le risque de faire fuir ces créatures, juste parce qu'elles me fascinaient. Car contempler un ange était bien évidemment exceptionnel: le corps parfait, les deux immenses ailes aux pennes immaculées, et surtout, le disque de nimbe terrifiant de clarté... De pureté, plutôt.
A force de poursuites et de cache-cache dans les nuages, les êtres ailés avaient fini par se rapprocher. Je portai lentement les jumelles à mes yeux et fis la mise au point. Les branches du saule pleureur qui formaient notre cachette me gênaient maintenant, et je dû faire avec.
L'ange aux cheveux noirs se tenait à quelques mètres du sol, les ailes grandes écartées. La tête légèrement levée, un sourire aux lèvres, elle nous montrait tous les attributs de la féminité. Seule la couleur de ses mamelons - presque aussi sombres que ses cheveux - était inhabituelle. Elle cria quelques mots à l'Apollon qui évoluait au-dessus d'elle. Curieux langage, à la fois roque et coulant, mélange de syllabes fluides et de consonnes gutturales.
– Ça va me revenir, chuchota Gaëtan.
– Pardon ?
– La phrase, là. "Sans trêve, ils poursuivaient..." et cetera. Je l'ai lue il n'y a pas si longtemps. Ça m'énerve de ne pas me souvenir où...
Les yeux dans le vague, une main dans le dos, il demeurait immobile et concentré.
– Tu veux les jumelles ? hésitai-je.
– Non, vas-y, profite. Moi je les ai regardés tout mon saoul la semaine dernière.
Il y avait aussi des... enfants. Des "angelots" ? Je leur donnais trois ou quatre ans. Plein de leur jeunesse, ils enchaînaient montées en flèche et piqués vertigineux, obliquant brusquement d'un coup d'aile précis à la manière des étourneaux.
Le soleil touchait maintenant l'horizon. La lumière tombait vite, le groupe n'allait pas tarder à partir.
– Ça y est, je sais ! lâcha Gaëtan en redressant le bras.
– Quoi donc ?
– La citation ! C'était dans le magazine "Affût amateur" du mois dernier !
A ce moment, il épaula, visa puis appuya sur la détente. Une seule balle suffit: c'était un bon chasseur, Gaëtan.
Le monarque se meurt
Sans trêve ils poursuivaient l’ellipse du soleil
Et leurs champs se fanaient au long de leur périple
Embrasant les prairies en myriades vermeilles
Des pléiades ils étaient de dix mille le multiple
Leurs trompes insatiables plongeaient dans les calices
Le nectar du monarque à nul autre n’est délice
Enfin ivre de vie leurs ailes virevoltèrent
Et la nuée royale s’arracha de la terre
Dans une trombe immense que les cieux s’obscurcirent
Le panache vivant fit qu’un point dans la mire
Foulant de battements frénétiques les airs
Ils s’en allaient rejoindre leurs demeures dernières
Au mystérieux instinct traçant dans l’horizon
Du plus docte savant a plus que la raison
Oh moi qui sent mes forces de vigueurs déclinantes
Je recherche en vain d’une marche nonchalante
Le chemin pour mes pas à trouver le seigneur
Présenter dignement les fruits de mon labeur
Approchant du sanctuaire lassés de leurs efforts
La cime des grands pins sera leur réconfort
Au terme de leur sort d’un trouble envahie
Par la grâce du silence la cohorte fondit
D’amas agglutinés ils firent des cathédrales
Montant aux firmaments couronnés de pétales
Le manteau de la nuit plongea dans le sommeil
Les voyageurs ailés et terni le vermeil
Tout mouvement se fige à cette ultime heure
Et tous les sang se glacent le monarque se meurt
Le royaume s’éteignit dans la senteur de cire
Cachetant le mystère de notre noble sir
Les moissons de ma vie maintes fois ramassée
J’ai légué mes tous mes champs bien réensemencés
Je n’ai point été roi mais si noble mon cœur
D’un royaume en fut le plus grand bâtisseur
Accorder moi seigneur votre grâce bénite
Libérer les douleurs qui gravent nos granites
Aussi trépasseront les frimas de l’hiver
Emergeront en pousses les plus tendres des verts
Les doux rayons dardant du soleil de printemps
Lèveront le linceul brumeux du bois dormant
Transperçant de faisceaux le vitrail irisé
Des ailes engourdies comme cristallisés
C’est d’un feu ravivé lançant ces escarbilles
Dans le limpide éther de paillettes scintille
La rosace d’un cœur battant la canopée
Lèvera de torpeur le roi ressuscité
Sans trêve ils poursuivront l’ellipse du soleil
Et leurs champs fleuriront de cent milles merveilles.
L’exode.
Sans trêve ils poursuivaient l'ellipse du soleil, et leurs chants se fanaient au long de leur périple. L’hiver les talonnait prêt à se saisir des traînards, des vieux, des malades… Mais l’ancien n’oubliait jamais personne. Il avançait pourtant les yeux fermés, les jambes ballantes de part et d’autre des flancs de sa monture, lui laissant la bride sur le cou, le long bâton de commandement serré dans son poing centenaire ou presque.
Et tous le suivaient, confiants ou pas. Ne les avait-il pas toujours menés à bon port ? N’avait-il pas, au long des saisons qu’avait duré son règne, toujours fait preuve de la plus grande sagesse ? Oui, le shaman savait. Personne n’aurait pu dire le contraire. Qui pouvait aller contre la magie des songes ?
L’ancien avait vu l’endroit en rêve. Et il l’avait décrit de telle manière que personne n’avait hésité une seconde. Le jour même on avait démonté les huttes, on avait chargé les chariots qui, à présent, formaient un long cortège dans les traces du vieillard.
Les chasseurs le suivaient à distance, emmitouflés dans leurs capes en peau de loup, montés sur leurs petits chevaux au poil long. Parfois l’un d’entre eux talonnait sa monture et s’éloignait au galop pour scruter l’horizon que le shaman, les yeux toujours fermés, ne daignait pas regarder. Jamais pourtant, ils ne le dépassaient car personne, même le plus brave des guerriers, n’aurait osé. Cela aurait supposé tellement de choses…
Certains, pourtant, étaient inquiets. L’hiver venait tôt cette année. Et ils n’étaient pas prêts. Ils n’avaient pas chassé suffisamment. Ils n’étaient pas, comme à leur habitude, descendus vers les plaines ensoleillées du sud. Non, ils avaient suivi l’ancien droit vers l’ouest, vers ces montagnes qu’aucun d’entre eux ne connaissait réellement mais qu’ils savaient infranchissables si la neige venait à les surprendre.
Alors oui, leurs chants se fanaient dans leurs gorges qui se nouaient d’angoisse. Et cela, malgré toute la confiance qu’ils accordaient au patriarche. Mais ils avançaient, encore et toujours, portés par l’espoir. Car jamais il ne leur avait menti. Et même si la peur leur brûlait les entrailles.
S’il s’était trompé, nombre d’entre eux ne verraient pas le printemps. Ils mourraient là-haut, sur les pentes gelées des sommets qui se découpaient dans la brume du petit matin. Alors, les dieux choisiraient les survivant parmi les hommes, les femmes et les enfants. Et ils seraient peu nombreux.
Mais, s’il avait dit vrai… Oui, s’il avait dit vrai, cet hiver serait le dernier. Bientôt, dans quelques semaines à peine, ils atteindraient la terre de l’éternel printemps. Une terre que personne n’aurait foulé avant eux. Une terre où le gibier foisonnait, où l’herbe était toujours verte et les chevaux grands et rapides. Une terre où la guerre n’avait pas lieu d’être.
Et quand, du sommet de la dernière montagne, ils verraient l’immense étendue de ses vertes prairies, ils sauraient qu’ils auraient atteint leur but : le pays où le soleil se couche. Le lit du soleil.
Et leurs chants refleuriraient dans leurs gorges.
Sous le soleil des dieux
Sans trêve ils poursuivaient l'ellipse du soleil, et leurs chants se fanaient au long de leur périple. Ceux qui en avaient encore la force repensaient au temps d'avant, au village de tentes qui, depuis des temps immémoriaux, abritait la tribu sur les flancs boisés du grand lac aux eaux vertes. L'immense forêt qui s'étendait bien au-delà des rives leur assurait une protection efficace et des chasses fructueuses tandis que les eaux profondes offraient des poissons en suffisance. Au printemps dernier, sous une lune d'opale, alors que les membres du clan fêtaient le retour de la belle saison, assemblés autour du feu pour des mélopées sans paroles que le vent de nuit emportait, par-dessus le miroir scintillant des eaux, jusqu'à la berge opposée, une luminosité surnaturelle était soudain apparue à l'horizon. L'intrusion dans le ciel nocturne de ce corps incandescent traînant à sa suite une longue chevelure de flammes avait stoppé net les chants rituels et provoqué une fuite éperdue vers l'abri des tentes de peau. Seul le chaman était resté sur la grève aréneuse. Tombé à genoux, il élevait ses longs bras maigres, psalmodiant des paroles incantatoires à l'adresse de la comète qui poursuivait imperturbablement sa route céleste. Lorsqu'il se tut et se laissa glisser sur le flanc comme épuisé par ses prières, un silence de tombe planait sur le campement blotti à l'abri des grands arbres. Le lendemain, dès les premiers feux de l'aurore, la tribu fut tirée de son lourd sommeil par les imprécations gutturales du sorcier, posté sur l'aire de terre battue sur laquelle les femmes installaient leurs mortiers à piler le grain. L'homme en transes, ne cessait de répéter que les dieux avaient envoyé un message et qu'il convenait de le suivre aveuglément si l'on voulait éviter leur terrible colère. Il fallait sans délai quitter le camp et se mettre en route vers l'ouest, vers l'immensité liquide au creux de laquelle le soleil noyait ses rayons quand venait le soir. Au terme du voyage, les divinités apaisées sauraient pourvoir à leur nouvelle existence. Aucun membre du clan ne souhaitant s'opposer au chaman, tous avaient obéi, abandonnant tout ce qu'ils ne pouvaient emporter. Depuis des jours et des jours, ils marchaient, hébétés, abrutis, les yeux fixés sur les pieds nus de celui ou de celle qui les précédait. L'implacable soleil qui les guidait brûlait sans pitié leur peau nue cédant de temps à autre le pouvoir à des rafales soudaines qui portaient en elles les rigueurs d'un hiver que l'on croyait oublié et qui les faisait grelotter. La steppe nue déroulait ses vagues mouvantes à perte de vue jusqu'aux sommets enneigés d'une lointaine chaîne de montagne. La fatigue, la faim, les pillards qui harcelaient parfois la chenille humaine avaient ouvert les premières tombes sur le bord du chemin, petits tumulus que le sable effacerait bientôt. L'espoir chevillé au cœur, derrière leur guide guenilleux que rien ne semblait pouvoir atteindre, ils marchaient, marchaient. Au soir d'un nouveau jour de grande lassitude, le chaman poussa subitement un cri perçant et tomba inanimé au pied de la dune qu'il s'apprêtait à escalader. Les hommes qui le suivaient, abrutis de fatigue, sentirent à cet instant une brise au goût de sel se poser sur leurs lèvres desséchées.
Les oubliés
« Sans trêve ils poursuivaient l'ellipse du soleil, et leurs chants se fanaient au long de leur périple.» Vogt, le poète du bord, en était là de l’épopée qu’il composait à la gloire de cette prodigieuse expédition interstellaire.
Après des millénaires d’un chaos ponctué de guerres et d’un retour à l’âge de pierre, la Terre avait enfin fait éclore un homo sapiens débarrassé de son « cerveau reptilien » et de ses pulsions agressives. Une nouvelle ère s’écrivait, de paix, de fraternité, de respect de la nature. Hélas, on découvrit que la planète si belle en surface était gâtée à l’intérieur. Ses océans regorgeaient de bombes rouillées, héritage de la civilisation précédente. Que l’une d’elles explose et ce seraient des réactions en chaîne qui anéantiraient la Terre.
Seule solution, partir, trouver un autre endroit dans l’univers. Les astrophysiciens détectèrent plusieurs astres offrant les caractéristiques requises et en début 2843, un vaisseau piloté par le Commandant Dliss fut dépêché en éclaireur. A son bord, près d’un millier de scientifiques de tous domaines avaient pour mission de choisir la planète idéale. Sur Terre, on mettait déjà en chantier l’énorme flotte qui transporterait l’humanité vers la terre promise. Le voyage fut long et plein d’embûches. On explora des dizaines de planètes et le choix se porta sur un satellite d’Antarès dont l’atmosphère, le climat et les ressources faisaient un véritable Eden. On le baptisa « Terreden ».
Au retour l’équipage, ivre de joie, chantait à longueur de journées. Mais lorsqu’on était entré dans le système solaire, le Commandant Dliss avait annoncé qu’il faudrait attendre encore un peu pour capter l’attraction terrestre. Depuis plusieurs jours le vaisseau se bornait à rester dans l’ellipse du soleil. L’enthousiasme de l’équipage s’étiolait tandis que Vogt languissait de connaître et d’écrire le dernier chapitre de l’épopée.
Mais il n’y aurait pas de dernier chapitre. Seul Dliss connaissait la vérité et elle était si horrible qu’il l’avait gardée pour lui. S’il n’avait pu capter l’attraction terrestre, c’était parce qu’il n’y avait plus de Terre. La moisson mortelle engrangée dans les flancs de celle-ci avait fait son œuvre : la Terre avait sauté. Bientôt le vaisseau, à court de carburant, irait s’écraser sur le soleil. Il ne resterait pas même un grain de poussière de ce qui avait été l’humanité.
Depuis cette terrible révélation, Dliss, effondré, demeurait cloîtré dans le poste de pilotage. Lorsque l’interphone clignota, il fit entrer le visiteur. C’était Zimov, le gestionnaire des Ressources Humaines. L’air embarrassé, il bredouilla :
- Commandant, j’ai commis une faute…impardonnable… Vous vous souvenez de cette jeune géologue et de son petit ami biologiste ?
- Heu…les amoureux ?
- C’est ça, toujours cachés dans un recoin du vaisseau à s’embrasser…Et sur Terreden, ils ont construit une cabane près d’un rivage enchanteur, leur petit nid d’amour… on ne les voyait plus guère…et on les a oubliés !
- Oubliés… vous êtes sûr ?
- Malheureusement oui…remarquez ils ont tout ce qu’il faut...là bas…un vrai paradis…
Dliss se sentit submergé de bonheur. La Terre était morte, l’équipage et lui-même mourraient bientôt. Mais là bas, dans cet Eden, avec cet Adam et cette Eve…
Freedom
Sans trêve ils poursuivaient l'ellipse du soleil, et leurs chants se fanaient au long de leur périple.
Ils avançaient, fourbus, main dans la main, et leurs pas se faisaient de plus en plus lourds. Leurs pieds nus, écorchés leur causaient de plus en plus de souffrance. Ils ne devaient pas flancher. La femme, petite mais robuste, traits tirés, remuait les lèvres comme pour une prière. L’homme psalmodiait de même. Grand, solide, l’œil brillant de détermination en dépit de l’épuisement, il avait chargé sur ses épaules l’enfant recru de fatigue. Partis la veille dès que l’obscurité avait jeté son voile noir sur le domaine, ils avaient couru d’abord, puis marché d’un pas vif, au cœur de la nuit protectrice. Pour se donner du courage, le père et la mère avaient entonné à mi-voix des chants religieux que l’enfant accompagnait de son timbre cristallin. Il n’avait pas compris la raison de ce départ brutal. On n’avait pas eu le temps de lui expliquer, même pas celui de prendre quelques provisions pour la route. De l’eau, seulement.
On savait qu’avec le soleil, le danger se lèverait aussi. Le couple ne serait pas présent à son poste. Les chasseurs se mettraient en route.
Lorsque Dinah, qui servait à la grande maison était venue leur rapporter la conversation surprise entre le maître et son régisseur, ils n’avaient pas hésité une seconde. Ils ne voulaient à aucun prix être séparés. Et c’était ce qui arriverait puisqu’on allait les vendre. Être exhibés, jaugés comme des bêtes de foire, Charly et Sarah pourraient le supporter, une fois encore. Mais ils voulaient épargner l’épreuve à Tom qui, quoi qu’en pensât le maître, était encore trop jeune pour trimer comme un homme dans les champs de coton. Et aucun acheteur, si riche fût-il, ne les prendrait tous les trois. Ils étaient, jeunes, vigoureux, chacun valait un bon prix. Peu importeraient leurs sentiments, d’ailleurs ces marchandises étaient-elles capables de sentiments ?
Ils venaient de quitter la forêt touffue. Encore une bonne dizaine de kilomètres à parcourir à découvert avant de parvenir à la rivière que l’on pouvait traverser à gué, avant de poser le pied sur la rive salvatrice. Et ils marchaient, les yeux rivés sur l’horizon où un pan de brume attardé dévorait plus qu’à moitié l’astre d’or, trop las, trop inquiets maintenant pour chanter, l’oreille aux aguets, n’osant se retourner. Pas de bruit de galop, rien que leur souffle haletant et les battements accélérés de leurs cœurs ébranlant leurs poitrines.
La rivière apparut enfin dans les pâles lueurs de l’aube. Ils s’y enfoncèrent jusqu’aux genoux. En cinq minutes, ils atteignirent le rivage opposé. Des aboiements résonnèrent dans le lointain, des coups de feu claquèrent, de rage, sans doute. Ils avaient réussi ! Des visages noirs souriants leur faisaient face, des mains noires se tendaient vers eux. Le Nord les accueillait. Charly posa l’enfant à terre. Avant de s’effondrer de fatigue, les bras levés vers le soleil enfin sorti de sa gangue, épanoui comme une fleur, lui et Sarah trouvèrent la force d’entonner à pleine voix, : « Oh freedom ! »
MEL
Sans trêve ils poursuivaient l'ellipse du soleil, et leurs chants se fanaient au long de leur périple.
- On n’en peut plus, Mel, on est crevé !
- Ouais, en plus, le soir, on se pèle les meules grave, et puis marre de coucher à la belle étoile comme des baltringues !
- Les mecs, personne ne vous obligeait à venir, alors vous me lâchez la grappe, OK ?
Ils étaient pourtant partis plein de courage. Celui que les deux autres appelaient familièrement Mel leur avait montré : il avait planté deux bâtons dans le sol et les avait reliés à l’aide d’une ficelle un peu longue afin qu’elle reste lâche. A l’aide d’un bâtonnet, guidé par la ficelle, il avait dessiné une espèce de cercle aplati dans le sable et leur avait expliqué qu’il s’agissait d’une « ellipse » :
- Vous voyez ? Ben la lueur, elle suit cette courbe dans le Ciel ! Et nous, on va suivre la lueur !
- Mortel ! et qu’est-ce qu’on va trouver à l’arrivée ?
- Je ne sais pas. Sûrement une merveille ! Faut se munir de cadeaux, on ne sait jamais, et puis ça fait toujours plaisir !
Ils étaient donc partis, chargés comme des bourricots. Au début, ils chantaient, ils étaient heureux. Faut dire aussi qu’ils abandonnaient le quotidien, leurs bonnes femmes, la marmaille, le banal … pour se lancer dans une aventure à l’objectif mystérieux. Et puis, entre mecs, ils allaient pouvoir bien rigoler et se lâcher un peu ! Bref, la belle vie, quoi !
oOo
Ils marchaient ainsi depuis des mois, en suivant cette saloperie de lueur. Ras le bol ! L’excitation du début avait rapidement cédé la place à la fatigue, aux petites chamailleries, au découragement, et finalement à la rébellion.
Le soir tombait …
- Bon, stop ! Moi, je ne vais pas plus loin, j’arrête !
- Pareil. Trop vieux pour ces conneries, je rentre chez moi dormir un mois ou deux et me faire péter le bide de bonne bouffe !
- OK, les mecs, je vous comprends, on va voir ce qu’on peut faire. J’ai cru voir de la lumière un peu plus loin, restez là, je vais jeter un œil. Ils auront peut-être un fond de soupe chaude et un coin à nous offrir pour dormir. Demain, on avisera.
Celui qu’ils appelaient Mel était parti en reconnaissance. Les deux autres s’étaient effondrés sur le sable ; ils ne pipaient mot, ils gardaient les yeux dans le vague. Complètement lessivés, quoi.
Mel revenait :
- C’est tout bon : j’ai trouvé de braves gens, ils nous filent de quoi grailler ce soir et un coin d’étable pour dormir. Ils viennent d’avoir un petit : demain on leur laisse les cadeaux en remerciement et on met les bouts, direction chez nous !
- Mmhhh, faut bouger, alors ? Qu’est qu’ils auront à bouffer ? Tu parles d’un plan foireux, cette aventure à la noix, on ne nous y reprendra plus …
- Non, mais vous savez quoi ? J’en ai vraiment plus que marre de deux boulets comme vous, vous êtes vraiment des gros nazes ! Faites ce que vous voulez, moi j’y vais, allez, ciao !!!
- Du calme, Mel, ça va, on arrive …
- Et arrêtez de m’appeler « Mel », bon sang !!! Mon nom c’est Melchior, vu ? J’utilise bien « Balthazar » et « Gaspard », moi, pas des diminutifs crétins comme « Balt » ou « Gas » !!! Ô et puis merde !
Melchior était reparti d’un pas décidé vers le petit village où il avait trouvé ces gens charmants et accueillants. Les deux autres se levèrent, et, tout en maugréant, lui emboîtèrent le pas.
Le parachutiste
« Sans trêve ils poursuivaient l'ellipse du soleil, et leurs chants se fanaient au long de leur périple. Je répète. Sans trêve ils poursuivaient l'ellipse du soleil, et leurs chants se fanaient au long de leur périple. Les bretelles de Jean sont rouges. Je répète… »
Malgré les ululements du brouillage, le message était parfaitement audible et compréhensible. Martin inspira profondément et éteignit la TSF. C’était pour ce soir.
Sans bruit il sortit et s’enfonça dans l’obscurité du couvre-feu. Il marchait vite : bien sûr ce n’était pas la première opération qu’il menait, mais à chaque fois il ressentait ce pincement au cœur, qu’il aurait appelé du trac si l’enjeu avait été moins important. Il s’agissait d’intercepter un parachutiste anglais et de le cacher jusqu’à ce qu’il puisse quitter le territoire. Martin accéléra encore le pas, faisant claquer ses semelles sur les pavés, et bifurqua dans le chemin qui menait droit au lieu d’atterrissage.
« Hé, fais moins de bruit ! On croirait un troupeau d’éléphants. » Martin n’eut pas besoin de se retourner pour reconnaître dans le chuchotement la voix de Gaspard, le deuxième des trois membres de sa cellule. Marianne, la troisième, ne devrait pas tarder à arriver. Gaspard avait raison, bien sûr. Pas besoin de se faire remarquer, la Gestapo était déjà suffisamment sur les dents ces derniers temps. En moins de deux semaines, elle avait réussi à démanteler plusieurs groupes de résistants, et semblait plutôt bien informée. Heureusement, leur petit groupe était resté intact, mais pour combien de temps ?
Martin entreprit d’allumer les feux balisant le terrain pour le largage, tandis que Gaspard faisait le guet. Un vrombissement dans le ciel obscur, puis la corolle blanche d’un parachute s’ouvrant. En quelques secondes le parachutiste était là. Echange de signes de reconnaissance, dissimulation du parachute et extinction des feux ne prirent que quelques minutes supplémentaires, avant que les trois hommes ne retournent vers le village.
Et soudain ce ne fut plus la nuit. Pris dans l’éclair aveuglant d’un projecteur, Martin, Gaspard et leur aviateur purent à peine voir les policiers se précipiter sur eux, surveillés de loin par deux hommes en imperméable noir. A leur côté, mains attachées et tête baissée, Marianne semblait ne plus pouvoir les regarder.
Et nous deviendrons cendres…
Sans trêve ils poursuivaient l'ellipse du soleil, et leurs chants se fanaient au long de leur périple.
Les imbéciles… Qu’est-ce qu’ils espéraient donc ? Chanter, déjà ça craignait. Mais chanter au point de s’y casser la voix, non mais franchement !
Joe Palmito n’est pas un dieu. Enfin, si, peut-être. Allez savoir. Joe Palmito chante comme un dieu. De là à ce que des milliers de groupies lui collent au van dans lequel il voyage à un train de sénateur, quel triste spectacle. Toutes ces bouches ouvertes crachant des refrains enroués, quel affligeant hommage. Car nulle de nos gorges ne peut moduler les sons comme Joe Palmito et c’est bien le problème.
J’ai tenté de les retenir. Ce van ne m’inspire pas confiance. Il a été fabriqué à mon insu et semble singulièrement imperméable à la chaleur.
Et eux qui marchent, qui courent, qui hurlent, qui rissolent…
La projection rasante du cercle solaire nous entraîne loin du périmètre déterminé. La zone arpentée nous rapproche d’un danger embrasant.
Joe Palmito est un homme. Son timbre d’or a ensuqué la méfiance de mes condisciples. Ils vont à leur perte en s’égosillant à la façon de leur idole mais que de couacs ! A leur suite, j’ai bifurqué vers le désert. Des jours entiers à tenter de court-circuiter Joe Palmito dont le van repoussait de sa calendre ignifugée la portion de circonférence lumineuse qui semblait promettre le zénith à cette Star du roucoulement zesté de divine mélasse.
Maudit soit-elle-t-il ! Pourquoi sommes-nous si sensibles à ce que nous ouïssons ?
Notre temps est compté. Pourtant, avant que cette voix sirupeuse ne s’élève, nous avions l’éternité devant nous. Nos hôtes nous respectaient et commençaient à nous imiter. De mon côté, je suis aussi omniprésent que polyvalent, c’est dans ma nature. Je m’adapte et, grâce à mon aura charismatique, mes semblables se rallient de bonne grâce à mon mode d’adaptation.
Seulement voilà…
Joe Palmito est notre ‘bât qui blesse’ selon un adage populaire. L’imprévu existe. Que j’aurais dû prévoir puisque j’avais tout lu, tout appris, que je m’étais tout approprié de l’Humanité avant que nous échouions ici-bas pour échapper à l’incandescence phébusienne.
Or, si j’ai bien retenu mes leçons de linguistique, j’ai mésestimé la morale des contes.
Joe Palmito est un imitateur qui vient du clan des irréductibles ayant refusé de nous imiter. Joe Palmito imite le Joueur de Flûte de Hamelin. Celui qui a débarrassé sa ville des rats en les illusionnant de son pipeau et ces rats ont fini noyé en giguant la farandole.
Comme nous finirons brûlés, les dix pieds cloqués et les trente cordes vocales aphones.
Car nous les Brgogrb n’avons pire ennemi que le soleil. Lequel a anéanti notre planète après un long siège enflammé. Mais j’étais un chef surpuissant. J’avais accumulé assez de connaissances pour asservir la terre.
Sauf que…
La première des deux choses que j’ignorais, c’était que nous avions cinq oreilles inexercées, rendues inutiles par le silence total d’une atmosphère assourdissante.
La seconde, c’est que les hommes ont du répondant et savent donner de la voix.
Avec son van ininflammable, Joe Palmito a de quoi faire l’aller/retour.
Pas nous. _________________ Avant le jour de sa mort, personne ne sait exactement son courage... Jean Anouilh |
|